S’emballe le piano. Et tout le reste tremble. J’en boirais quelques cales. Pour le seul vertige d’un autre long soul de chaleur.
Et t’as raison. Au jeu d’aimer le flou, je m’enamoure des lignes noires. Des traits de chaos barbouillés sur un béton brûlant. De quoi sortir de mes histoires. M’émietter jusqu’à nue.
Photo : AU PIED DES RUELLES * Août 2023 – Montréal
à toi je peux bien dire le milieu de ma nuit la chaise en bois de mon grand-père celle que Denise avait gardée et le p’tit banc juste à côté ce bruit de frigo et de coeur toute la saga de cette maison trois heures quarante et je dors pas ça m’aidait bien, tu sais que la rivière m’assourdisse tous ces p’tits gars devenus grands restés pris dans des cours d’école et là le vent ça y est c’est le mois d’août le temps qui sait pas s’arrêter
« De toute façon, je n’ai pas choisi, ça m’est tombé dessus comme ça, et chaque jour ça me donne du souffle. » Mon amie E. qui me parle de sa passion.
Je sais le souffle dont elle parle, ce fruit d’une certaine passion. Quand ma bêtise ou celle du monde devient trop étouffante, dans le fracas du temps perdu ou dans la noirceur qui se moque, plus je la laisse me dévorer, mieux je respire.
Étrange comme elle me ressemble. Je me vois dans ce geste, dans la position de son corps. Ses vêtements, son sac sur l’épaule, son regard mi-inquiet, mi-tranquille. Sa manière d’avancer lentement, en regardant partout et nulle part à la fois. Jusqu’à ce foulard accroché pour parer à trop de fraîcheur.
Ici le soleil brille. Le temps vire, lentement mais sûrement. On n’y échappera pas. Malgré la musique, malgré le ciel, malgré le vent. L’hiver reviendra, c’est ma seule certitude.
Et c’est vrai pour la ressemblance avec l’homme du journal.
Photo : AU COEUR DES RUELLES * Août 2023 – Montréal
toujours cette histoire de coeur ou d’écrire pour respirer quitte à me répéter cent fois ou mille cent mille même et tout ce temps quand je me bute c’est toujours au même mur de moi
Photo : PAULINE DANS SA MAISON * Août 2023 – Montréal
Si je t’écrivais notre histoire, je sais qu’il y aurait dedans le noir et le blanc d’un piano. Les mots chercheraient la musique comme on cherche la moelle.
C’est ça, non? Se rendre où c’est déjà brûlé mais où on se retrouvera. Les mêmes notes qu’on recommence pour les rendre plus belles, comme pour se faire une maison, se mettre une vie sur le dos, quelque chose à porter jusqu’au bout de nos veines.
Et comme ce matin le ciel bleu et le vent froid dessus mes pieds. Ou le mois d’août qui m’ecchymose, mais je t’ai déjà dit tout ça.
En attendant, la belle est morte, nous pas encore, ça nous laisse du temps pour jouer.
Allez, on reprend au refrain mais on la jazz un peu, là où rien jamais ne s’achève.
Photo : DÉJOUER LE TEMPS * 30 juillet 2023 – Montréal
C’est drôle ce rideau accroché. Tu l’as mis là sans m’en parler. Tant mieux, j’me dis.
Je suis allée voir cette maison dont M avait eu vent. Un vieux bâtiment délabré aux parfums piquants et terreux. Je pense que tu supporterais pas. Mais j’ai aussi dit non parce qu’on n’entend pas la rivière.
Tous les matins encore, les mots m’avalent sans que j’y meure. De quoi tuer éperdument ce que le temps me fait.
En attendant, dis-moi, l’oiseau sur la rampe de fer, c’est le même qu’hier, tu crois ?
Photo : AU HASARD DES MONDES * Juillet 2023 – Montréal
Les amants, les enfants. L’idée qu’on se fait de l’amour et tout ce jeu de rives qui froisse le bonheur.
Mon fracas intérieur s’est ri de ma pudeur. Sans doute que j’aurais dû me taire, du moins ne pas en dire autant. Mais jusqu’où le silence? Tout ça reste si mystérieux. La couleur des jours, la suspension des heures, et la limpidité des eaux en dépit de ce qu’on y voit.
C’était une belle fuite dans la maison d’hier. De ces choses qui font mouche sans qu’on ait à prier. Comme là la brume et la terre mouillée. Le cri à mort et le pied à poser.
J’essaie de calmer quelque chose sans trop y savoir quoi. Je resterai tremblante jusqu’à la dernière flamme, le dernier feu de moi. Encore le spectacle m’étonne. Presque autant que celui du monde.
Sur l’hiver et les autres, mon coeur qui joue de sa saison.
Photo : SUR UN CHEMIN, LE SOIR * Juillet 2023 – Laurentides