Je suis partie, dans les grands vents.
Sur la montagne.
Trop de jours s’étaient écoulés sans une vraie marche.
Debout à la fenêtre, devant la bourrasque,
j’ai eu un instant d’hésitation.
Puis j’ai senti monter l’excitation.
À l’idée de braver la tempête, de la prendre de front,
avec tout ce qu’elle est.
Je me suis habillée pour bien goûter mon plaisir.
Et j’ai eu ce que je voulais.
Et plus tard, pour souper, deux amies que j’adore.
J’en prendrais plein des jours comme ça.
Qui goûtent fort le vent et l’amitié.
Sommeil d’hiver
Un film comme il s’en fait peu.
Je pourrais parler des images. Du rythme, bien sûr.
De l’intériorité humaine et de l’immensité naturelle.
Mais j’aime mieux citer le faiseur.
Le fossé entre le rythme de la vie moderne
et mon propre univers m’oblige à trouver une issue.
J’ai envie de résister au rythme du monde extérieur
et de lui imposer mon propre rythme.
Je comprends, Monsieur Ceylan.
Ode au cinglant
Le ressenti était de moins trente-cinq.
En allant porter quelque chose à ma mère ce midi,
j’ai vu des enfants qui fonçaient tête baissée vers la ruelle
pour aller dîner à la maison.
J’anticipe toujours un peu l’hiver.
Son froid parfois brutal. Comme aujourd’hui.
Et chaque hiver pourtant, je redécouvre
combien j’aime quand le froid me fouette le visage.
En voyant ces enfants tout à l’heure,
je me suis souvenue des vents de mon enfance.
Et que j’aimais déjà les bourrasques et les grands froids
à l’époque de ma petite école et des diners à la maison.
Je me suis vue traverser la voie ferrée, dans l’est de Montréal,
seule avec moi-même et la furie du vent.
Et je me suis rappelé que sa force sur ma joue m’enivrait déjà
en m’emmenant quelque part qui ressemblait à la liberté.
Contraste
Formidable espoir
Sans crainte
L’attachement
ma soeur me manque
et pourtant, on n’se voyait pas tant
dans ces instants où mon regard
se pose sur son absence
je voudrais l’appeler
qu’elle existe encore
quelque part dans le monde
et pourtant, on n’se voyait pas tant
cet indicible fil
qui m’a un jour lié à elle
et qui le fait encore
Le beau et l’inutile
Des cerveaux. Empoisonnés.
Contaminés par des idées barbares.
Des cerveaux.
Ça peut être si simple.
Ce regard qu’on pose.
Cette beauté qu’on voit.
Cette vie qu’on ressent.
Et pourtant, c’est facilement si compliqué.
Comme s’il le fallait.
Comme si le jeu en dépendait.
Un jour peut-être saura-t-on.
Décompliquer le regard.
Reconnaître l’inutile.
Enlever ce qui déborde. Ce qui dépasse.
Les dogmes, les préjugés, les idées qui s’ancrent
et auxquelles on s’accroche.
Et les besoins qui n’en sont pas.
Un jour peut-être saura-t-on
ne donner de temps qu’à la beauté des choses.
Et au miracle de vivre.
La remontée
Je pars marcher.
Moins vingt-huit, mais je pars marcher.
Des petits coups de fouet à mon âme
qui traînasse un peu ces temps-ci.
Le manque de lumière.
Et l’année un peu rock’n’roll.
Traversée à coups de coeur
et à coups de pied aussi parfois.
Le soleil est enfin là,
il perce d’entre les nuages.
Et la lumière, qui remonte doucement.
Le jour qui en promet plus long.
Je pars marcher.
Me rappeler au vivant.
Et pas juste à son reflet.
Rafale et frémissement
la branche tremble
tantôt se fêle
méandrée de cicatrices
et belle comme avant
elle s’accroche
devant le vent la vie
qui peut tout emporter
jusqu’à la racine, d’un coup
et la terre, tranquille
qui se nourrit de ce qu’elle sait de mieux
veines fécondes
je veux de mon coeur
qu’il ploie dans la tempête
et quand le temps est doux
qu’il sente comme il est doux









