Dans un monde qui n’accorde
aux aspirations d’ordre humain
qu’une valeur souvent dérisoire,
si l’on ne tend pas l’oreille avec force vive,
le brouhaha ambiant, assourdissant qu’il est,
tend à nous dérober la musique de l’âme.
Et des coeurs.
Musculatures
J’exerce chaque jour
ma capacité de gratitude.
Tout comme les muscles de mes jambes,
auxquelles je tiens profondément.
Parce que je me vois marcher longtemps.
Dans ma plus belle histoire,
je me rends jusqu’à très très très vieille
bien solide sur mes deux jambes.
Pour ce qui est de l’autre exercice,
celui de la gratitude,
je veux mettre toutes les chances de mon côté
de marcher vieille avec la tête en paix.
Ce qu’il faut pour vivre
je vois mieux qui je suis
la couleur de mon souffle dans le monde
le beau – sans doute – mais aussi l’ordinaire
pourquoi pas
tant que la vie continue
les jours de blancheur sur la ville et la montagne
moi qui marche en revenant d’aller voir Gaby
lui qui s’adapte parce qu’il le faut bien
quoi qu’on en fasse
il passera le temps
Journée glorieuse
C’était bon et doux.
D’être là avec elle.
Belle femme, grande femme.
Dans la tempête ensemble.
La première de l’hiver, la belle apporteuse de lumière.
Et revenir dans la quasi-noirceur.
Par les trous trafiqués dans les clôtures de la voie ferrée.
Et les vents qui soufflaient fort.
Allez la vie, amènes-en des vents. De bons, de grands vents.
Ça me rappelle qui je suis, qui nous sommes vraiment.
C’est déjà pas mal
Le simple fait d’être là.
Que les gens que j’aime y soient aussi.
En sécurité.
Y a des jours où je touche à ce simple bonheur.
Qui ne veut rien d’autre que la douceur du temps qui passe.
Il faisait froid, hier. Un vrai froid.
Ça rend vivant le froid.
On a marché. Les bras lourds de pommes au retour.
La soif
me rafraîchir aux arbres
et aux heures qui passent
tinquer la poésie
jusque dans les ruelles
me GRISER de la nuit
qui monte sur un ciel
MAUVE
et puis
cette autre soif
que je m’explique mal
qui salope les FLEUVES
les terres et les forêts
celle-là qui ne s’étanche
qu’à l’ABRI des scrupules
où l’on ne souffle mot
de la beauté
PERDUE
pétrodilapidée
Dis, quand reviendras-tu?
Samedi swing
Ça y est.
L’hiver.
Il y aura du ciel.
Et je m’habituerai.
Je l’aimerai même.
Quand je me serai souvenue
du bon du vent
du bon du vent qui me fouette
et me rappelle
le bon du sang dans mes veines.
Et puis y aura toujours les autobus.
Bref, bonjour l’hiver.
Mais t’aurais pu me le dire, hier
j’aurais mis un foulard de plus.
L’hiver de force
Gaby, mon beau Gaby.
Journée difficile, hier.
T’as pas envie d’être là.
Tu y vois la permanence.
Et le reste de tes jours.
Entre les mêmes murs.
Que tu connais pas.
Et ça fait mal, je le sais.
On va laisser un peu de temps passer.
Parce que le temps, souvent, sait y faire.
Surtout si on le mêle à la tendresse.
Faque tiens bon, mon Gaby.
T’es pas tusseul.
Le temps avance
Mon amie Emma m’a demandé à quoi je crois.
On parlait de ma soeur, de sa mort récente.
À tout et à rien, que je lui ai dit.
Et puis j’ai réfléchi.
Je crois au temps qui passe, Emma.
Et à l’immense mystère qu’il constitue.
À l’idée aussi d’affiner mon regard, d’ouvrir plus grands mes yeux.
Et enfin, et plus férocement peut-être,
que là où la finalité n’est pas l’humain mais l’entreprise,
la pensée et le coeur y perdent quelques plumes.









