Traces. Des traces.
J’aime les traces laissées par le temps.
Les rides. Les vieux murs. Les graffitis qui font leur vie.
Et quelqu’un qui passe devant, pour encore plus d’âme.
La petite veste rouge
L’odeur du temps était sublime.
La saison, à ses yeux, exaltante comme jamais.
Ainsi libre et tranquille, la belle partait souvent marcher dans la forêt.
Un jour, bercée par le bruissement des feuilles sous ses pas,
elle sentit au fond de la brise le parfum d’une menace.
Afin de mieux prêter l’oreille, elle ralentit.
Mais n’entendit que la rumeur de sa méprise.
Ce n’est qu’en reprenant cadence qu’elle eut vent des mots de sa mère.
Et puis de ceux de sa grand-mère et des amies de cette dernière.
Autant d’échos d’entre les arbres qui lui disaient d’être aux aguets.
Dans ces sentiers creusés par elles à grands coups de rêve et d’espoir.
Ces sentiers devenus pour elle autant de lieux de liberté.
Le temps étant ce qu’il est, l’histoire s’arrête là.
Elle ne dit pas si la belle fort au loup cria ou à sa rêverie retourna…
Dans la lumière du soir
Cette vie en ville.
Qui me donne à voir toutes ces belles images.
Comme celle-ci, d’il y a quelques jours.
D’enfants qui jouent en attendant les grands.
Et de toutou à l’humeur tendre qui se laisse faire.
J’étais là, secrète malgré moi, derrière une grande fenêtre de resto.
Libre de contempler l’instant. Et sa poésie.
Mise en lumière, comme pour un grand spectacle.
Et toujours, en arrière-plan, la liberté et la paix.
Le pacifisme profond et ancré qui nous berce.
Et dans les bras duquel on s’endort parfois un peu trop.
Du moins, il me semble.
Rencontre
Hier, rue d’Iberville. Je marchais tranquille vers mon rendez-vous.
Un beau jeune homme attendait sur un coin. On s’est dit bonjour.
Il m’a demandé si le bus passait souvent à cet endroit.
M’a expliqué qu’il venait de le manquer. J’ai dit non, pas souvent.
Il m’a délicatement emboité le pas et on a fait un bout ensemble.
… du Burkina Faso… ici depuis un an… première fois dans le quartier…
Il était venu repérer l’endroit exact où il lui fallait se rendre
à dix heures ce matin pour une entrevue d’embauche.
On a échangé quelques mots sur nos vies. Presque rien, en fait.
Mais c’était chaleureux. Bourré de sourires et de bienveillance.
Au coin de la rue Mont-Royal, on a pris chacun notre chemin.
J’ai pris le mien avec le coeur délicieusement léger.
Je venais de me régaler d’une dose exquise d’humanité.
Danser comme les arbres
Matière noble
Un visage unique pour chaque vie humaine.
Une matière façonnée par les coups durs et les amours.
Mon beau Gaby. J’arrive de chez toi.
Toi aussi, ton visage me fascine.
Rieur, triste, accablé, enfant.
Autant d’échos de ton histoire. Qui dure depuis 85 ans.
Et dont je n’attrape que quelques bribes, à travers ce jargon qui t’appartient.
Heureusement pour moi, ton visage, lui, ne bredouille jamais.
DEUX VISAGES DANS LA FOULE – Centre-ville de Montréal – Octobre 2013
Double chance
Elle marchait main dans la main avec un monsieur à moustache.
Ils étaient beaux ensemble. Lui m’avait l’air d’un marin.
Et elle, en paix je dirais.
J’ai couru loin devant eux en feignant d’être pressée. Puis j’ai fait demi-tour.
Une fois bien en place, j’ai pointé vers de hautes fenêtres en attendant ma chance.
Bref, j’ai rusé, j’avoue. Elle m’inspirait trop pour que je n’essaie pas.
Et puis chez moi, je l’ai rendue méconnaissable. Parce qu’il le faut bien.
Par chance, il est plutôt facile de laisser de l’âme dans un visage.
Tandis que la vie passe
Ce matin, j’écoute Sylvain Lelièvre.
Ses mots, son coeur qui y bat.
Et ça résonne. Au fond de moi.
Moi j’aime les choses inutiles
Les bonheurs tranquilles
Qui ne coûtent rien
Les couchers de soleil sur la ville
Les bibelots débiles
Les orchestres anciens
Le chant des bruants sur les fils
Les poissons d’avril
Tous ces petits riens
Qui nous rendent la vie moins futile
J’aime les choses inutiles
Qui nous font du bien
Et tandis que j’écoute,
y a ce soleil par ma fenêtre.
Lui qui s’infuse dans nos vies.
Et moi qui en boirais infiniment.
Et ces derniers jours, le vent aussi.
Qui fait tomber les feuilles en musique.
Et pousse l’automne par en avant.
Au coucher du soleil, Place Vauquelin, Montréal – Automne 2013
Dos d’âne
Il y a mon ventre et mon coeur, et toutes mes terres intérieures.
Une chose m’apparaît certaine, y a jamais seule ma tête qui pense.
avec le temps
on a construit des dos d’âne
et chanté des mots d’âme
dans nos ruelles comme dans nos têtes
on a réinventé l’espace
que tout un chacun qui y vienne
puisse y danser sans danger
et y même chanter aussi
librement
le monde entier si tant qu’il vient
éperdument
et le temps passant comme il passe
j’entends que piètres harmonies
trouvent écho sur des murs de pierre
d’autres d’argent, d’autres d’hier
autant de ternes dissonances
que j’ose rêver passagères
Une petite rue du Plateau, à l’heure où l’école finit – Octobre 2013
Jours d’automne
Sur chemins de ville ou chemins de forêt
voilà que depuis quelque temps
je déambule portée par un autre regard.
Je pense encore à la beauté, certes,
mais plus souvent qu’avant
à la fragilité.
Et c’est là que parfois se serre
à la pensée que soit perdu
ne serait-ce qu’un seul fragment
du bonheur d’être ainsi bercé
mon coeur.
J’en viens même à me demander
si beauté et liberté
ne sont toujours finalement
qu’affaires éphémères.






