Les longs fouets

j’ai coupé les longs fouets
qui bloquaient le chemin
après j’ai repeint
le petit mur du côté sombre

là, c’est l’oubli
le moulin arbitraire au milieu des échos
les minuscules pierres de l’âme
et mes îles, en images cachées

je fuis par là, c’est vrai
ce qui me dérange de moi, de nous
domestiqués, narcissiqués

si je vivais plus près du fleuve
j’irais tous les jours sur sa rive
attraper le vent et la vague

il fait plus froid qu’hier
et je n’y renfonce pas, non plus que les oiseaux


Photo – REFLET D’ARBRE MORT * Août 2020 – Ripon

Plus fort les violons

Comment faire autrement, je sais,
que d’y vouloir l’espace, le ciel,
grand ouvert devant soi.
Une autre journée sur le sable,
à cap et corps perdus, te souviens-tu?

Plus fort les violons, je te dis. Et la mer.
Que rien ne se dérobe, tiré par la marée de nous.

On danse encore avec le temps. Et le vent.
Et depuis le bout de l’aube, le ciel n’a pas changé.


Photo – UNE AUTRE IMAGE DU PARADIS * Août 2020 – Ripon

Un embrun de naissance

Tout ça prend la teinte d’un rêve.
Je m’y retrouve, tu vois. Le vieux bois, la vieille grange.
Et le soyeux de l’eau, plus encore que la veille.
Mais c’est sans insister. Tu devrais, qu’elle me dit.

Ne fut-ce mon corps, peut-être que j’irais. Mais il suinte l’errance
comme une boue de marais. Et ne tient de poids que mon âme.
Qui s’éprend encore de l’instant, malgré l’entre deux vents.
Et le sens qu’on y met à néant.

De là le silence, sans doute. Qui surgit malgré moi,
plus farouche qu’avant. Et qui coule et déteint
à l’eau d’autres poèmes. Une tache. Un embrun de naissance.
D’autant qu’il y a dedans, sans que je sache quoi,
quelque chose de tranquille.

Et toutes ces heures à vivre qui en font tout l’espace.
Quand le profond enlace le ciel à en mourir. Et qu’on y
voit les arbres s’éprendre des oiseaux.

En attendant, je ne sais rien. Seulement ce que je sens.
Le vieux bois me le fait. Et le soyeux de l’eau.

Photo – GRANGE *  Ripon – Août 2020

Nos corps calés

c’est l’entièreté qui veille
sans soupçons ni regrets
le grand ciel sans aumône
et le bouleau tendu dans le jour qui le prend

c’est l’oiseau et la branche
le même qui sans elle chercherait encore

et bien sûr le désir, je sais

en attendant, les heures déboulent
comme les météores d’hier

je l’arrêterais, le temps
nous l’accrocherais au coeur
pour qu’il n’en parte plus

dans la foulée d’un bout d’été
on s’attend sans s’attendre

la rivière sera là où elle coulait hier
et nos corps calés dans le matin vivant

 


Photo – FORÊT *  Ripon – Août 2020

Les hauts peupliers

C’est mon souffle et ma peau qui les savent.

Là où les hauts peupliers s’abandonnent, je regarde leurs feuilles qui frémissent dans le vent et je me dis qu’elles bruissent pour lui faire l’amour, et la montagne au loin, qu’elle inspire à la brume sa laitance d’aquarelle.

L’air est frais et humide. Il est tôt, on sait qu’il changera.

Et la forêt qui chante à plein ciel la vie.

 


Photo – BOULEAUX ET PEUPLIERS AU MILIEU DU JOUR *  Ripon, Août 2020

Le bel indomptable

Tous ces oiseaux dans la cour.
C’est la vigne et le bain de pierre.

Peut-être aussi le piano.
Qui traverse la ruelle comme autant de feutres d’âme.

Qu’est-ce que tu dis?

Rien, c’est pas grave.
Je parlais un peu de l’indomptable.
Sans lequel on n’aurait
ni piano ni feutres d’âme.

Ni d’amis. Et ni de coeur ni d’oiseaux.

Photo – UNE PART DU RÊVE * Rue St-Laurent, Août 2020, Montréal

La beauté qui attend

Dimanche d’août, la vigne.
Sur le métal luisant.

Toujours et encore
la beauté. Qui attend qu’on
largue le désir de soumettre.

 


Photo – VIGNE * Aujourd’hui – Montréal 2020

Bleu de latence

Pour ce qui est pris dans la chair, dans un état bleu de latence.

Si tu étais tout près, rivière, j’irais t’écouter chaque jour.
Le temps d’au moins quelques murmures. Dans ton bois dense et
secourable, sculpté de sentiments, broussailleux mais ouverts.

Devant ton errance sublime, je boirais doucement à nos rêves.
En calant mon regard sur un espoir tranquille.

Photo – LA CONFIANCE DES EAUX * Juillet 2020 – Ripon

Les oiseaux chantent encore

Je t’écrirai, c’est promis. Une longue lettre, un jour, où je te dirai tout. Tout ce qu’on ne dit à personne pour ne pas encombrer les heures. En attendant, je vais bien. Je dessine dans ma tête la goutte d’eau dans le temps, et les cassures qui cachent quelque chose de beau.

Sinon, les oiseaux chantent encore très tôt le matin. L’air est souvent presque bouillant et le ciel surtout bleu. Depuis quelques jours, il tombe une lourde pluie de fin d’après-midi. J’irai marcher tout à l’heure, comme à mon habitude. Ce moment est toujours précieux pour mon esprit, et pour mon corps sans doute, qui me reste bien fiable.

Ici aussi, le monde tourne un peu à l’étrange. La méfiance prend ses aises et on y voit moins les sourires. J’apprends à lire entre les pattes d’oie.

Je t’écrirai, c’est promis.

Photo – L’IDÉE DES MOTS  * Juillet 2020 – Montréal

Terrain vague

la division est
dépassée et
pourtant à son comble

il est usé le jeu
de vaincre

il en revient à l’aube
et au souffle vivant

 


Photo – MUR ET FLEURS * Hier – Montréal 2020

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