Dans un certain vertige

la mouvance, je sais
comme celle du vent
et du lac
qui bouge avec lui

tous ces jours poussés par la vague
et juillet qui s’en va
dans un certain vertige

ma belle errance fuit un peu
son souffle dissous

j’entends qu’il faut marcher quand même
et que mes pas me savent
qu’il n’y a que bien peu à comprendre
mais tout à vivre infiniment

nos solitudes sont fidèles
d’entre nos coeurs qui se ressemblent

 


Photo : LE MOUVEMENT DES JOURS * Sur le mont Royal – Juillet 2019, Montréal

D’un matin d’été

y a qu’à voir ce que le noir apporte, me disait-elle
et la couleur éclate

les plantes ont reçu dans la nuit
ce qu’il leur fallait de pluie
la terre est gorgée d’eau
le ciel s’est éclairci

et nos tendres façades, et ce coeur
qui de mille manières se cache des autres coeurs
si pareils pourtant

Photo : ONZE SOEURS ET LEURS PARENTS – Env. 1933 * Montréal
(ma mère est la petite qui tient les mains d’une plus grande)

Sur ma ville

pas de vent ou à peine

par la fenêtre
j’entends l’oiseau, je vois les feuilles
impartiaux et fidèles

le jour est de plomb sur ma ville

Photo : ABENDLICHT – Sur la 40 * Juin 2019

Le corridor

j’entrouvre le rideau

dans le ventre céleste
où nos sangs d’humains se mêlent

je marche vers la cuisine

toujours ce même rêve
d’embrasser l’insatiable sans y perdre le vent

et je pense à la mer

étendue et ouverte
sauvage et pleine d’ombre

Photo : UN MOUVEMENT DU DÉSIR – Juillet 2019

D’entre les ciels

comme un vent qui emporte l’air
dans son chemin tournant
ne traverse les heures 
que celle que je suis

rêve-moi surtout amoureuse 
du jour comme de la nuit
de mes saisons d’ivresse 
et de mes insomnies

je joue à oser du regard
dans l’espace et le temps
sur les eaux claires et les eaux noires
les ciels bleus et les gris
 



Photo : DAUGHTER, COFFEE AND LAKE * Juin 2019

Sans y fracasser les fleurs

Devant l’accident, même le plus banal, on peut se demander. Un instant échappé. On dirait le hasard. Et pourtant, je n’ai qu’à regarder la lune pour savoir que rien n’est rien.

Le temps m’est bon quand je m’y coule. De quoi rouler bien des milles sans y fracasser les fleurs.

Photo : LE LONG DES MOUVEMENTS HUMAINS – Montréal * Juillet 2019

Courants et autres tableaux

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas; accusez-vous vous-même de n’être pas assez poète pour en appeler à vous les richesses. Rilke

quelque chose s’est alourdi

au revers des solitudes que nous sommes toujours
quelque chose a changé

encore que je me méfie
de ces tableaux qui me tirent loin des courants d’aube

j’aime mieux donner à l’eau

et au vent, qui la fait trembler sous le ciel

Photo : FEUILLE, EAU, RAIS ET MINÉRAUX * Au lac – Juin 2019

Dans nos veines

Moi l’errante et toi l’immobile.
Et dans nos veines, des morceaux d’infini.

Le temps comme un jardin où l’aube nous fausse compagnie.
Pareil au fleuve dans ses battures au fil des vents et des marées.

Et la nuit qui constelle au-dessus de nos corps.
La tendresse qui jaillit d’entre les bruits de l’âme.

Les larmes enneigées d’apparentes vertus,
j’aurai rendu au jour sa fidèle insomnie.

 


Photo : L’ÉCOUTE – Le feu * Juin 2019

Tensions

et resurgir à l’aube
par les tensions d’un monde vivant

malgré la braise saturée d’eau
et le tonnerre qui gronde
rassembler branches et brindilles
pour quelques filets de fumée
et le fuyant de la flamme

Photo : AUBE – Lac Kénogami * Juin 2019

La part du récit

parmi les roses, certaines se meurent
que se passera-t-il si je laisse tomber la question?

Il y a l’art et la neige. Le support romanesque où se mêlent nos idées. L’histoire présentée comme une suite.

Le présent reconduit l’oubli, quelle que soit l’époque. La disparition des uns devient l’apparition des autres. Et tout change au regard de l’instant. L’amnésie est infuse. On oublie février comme on oublie l’abîme. Jamais complètement mais quand même.

L’histoire n’a pas de tête. Elle s’invente à mesure. Et se raconte sous tous les angles. On démentit jusqu’à la moelle. Puis on réorganise au parfum du présent. La part du récit. Dont chacun a sa part.

Et ce matin, même en ville, des oiseaux chantent.

 


Photo : FLAQUE – Ruelle de Montréal, 2019

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