l’appel, et le corps
qui résiste
le tissu de l’instant
toutes ces fois sur le métier
le noeud que l’on défait
le fil
que l’on retend
cette voix entendue
sur un vent de novembre
Photo – CE MATIN, LA NEIGE * Montréal 2019
Pour G.∼
Mille trottoirs jusqu’à tes yeux.
Et des morceaux d’histoire.
Par des regards surtout, sans la parole claire.
On avait ça.
Et du temps pour le prendre.
Novembre sur ton corps flétri.
Et un passage d’ambre.
Photo – NOVEMBRE SUR UN TROTTOIR * Montréal 2019
L’écume ruisselait mais ton vœu était clair ∼ on voguerait sur ta mer sans jamais voir le fond.
Pour tes larmes cachées. Et ce ciel si beau et si vaste que tu y auras vu le prodige, la vie restée debout. Tes prières t’auront servi à éloigner d’autres ténèbres. À longer des ruisseaux cléments dans des forêts tranquilles. L’histoire n’a pas franchi tes lèvres. T’as troqué marais et averses contre des versées de soleil. La montagne et sa plainte amortie par ta terre. Comme la moelle qui se fond dans les confins de l’âme.
La beauté du bois blanc aura cendré ton rêve. Et ta vie de silence, à taire une indécence qui n’en était pas une. Les fleurs de ta chair ont porté le mensonge. Jamais un mot des lieux lointains qui t’auront fait rêver. Des soirs de bal et des visons qui appartenaient à une autre. Certaine que tu étais qu’on ne conjure pas ce qu’on est. On navigue, c’est tout. Et les mers d’avant sont les mêmes aujourd’hui. Tu as éludé la tourmente. Bafoué les vents froids qui soufflaient sur l’azur. Préféré la dérive aux aveux et à la furie. Le temps a jeté des bouées à l’amoureuse que tu étais. Et tu t’es accrochée. Sans y chercher jamais de raison ni de tort.
Photo – PROFIL DE FEMME * Le 8 novembre 2019 * Montréal
Le jour est poreux comme mon corps.
Et puis ce caractère, pressé de dire et d’exister.
Le tissu de ta mort abrille encore mes heures. Et la neige qui s’en vient.
Il m’est toujours si beau le bois qui git sur la grève.
De toute manière, j’aurais fait quoi d’une mer sans vagues?
Le temps crevasse et c’est parfait. J’allierai les louanges et les dérisions,
les circonstances du corps et celles du regard.
Et juste là dans l’aube, les feuilles qui dégringolent.
À m’en faire oublier ma nuit.
Photo – EN RUELLE * Le 30 octobre 2019 – Montréal
Matin couleur, matin
saveur. À s’en rouler dans
les feuilles. Ce que
je n’irai quand même
pas faire, les belles sont
trop mouillées.
Ou quand l’érable
n’envie rien au passant
pressé qui le frôle.
Matin de branches sur
le bleu et d’écureuils
excités. De grand dévolu
du soleil sur le
trottoir et sur la rue.
Quant à la fille
assise là, son café est
parfait mais ses pieds sont
déjà trop froids.
Elle n’a pas pensé
à ses bas.
Photo – ENCRÉ D’AUTOMNE * Sur le mont Royal – 4 Novembre 2019 * Montréal
les aboiements du paysage
et nos tendresses, comme des intersections
harnachée d’ombre et de soleil, d’amours
vifs et de terres ardentes, aux flots qui
débordent déjà, elle swigne des radeaux
de papier
et le sien flotte sur une mare de pluie
Photo – LA PUDEUR DE L’INSTANT * Vue d’hier * Montréal 2019
Mouillées, les feuilles, affalées.
En tas ∼ les unes contre les autres.
Le vent monte déjà qui les séparera.
C’est qu’il y aura tempête, on dit qu’elle sera forte.
Ainsi les jours vont, tranquilles et d’autres lourds.
Le ciel est gris qui noircira. Et les fantômes y passeront.
Et les enfants s’y mouilleront.
Photo – UNE MAIN SUR L’ÉPAULE ∼ ET FEUILLES / Hier * Montréal 2019
bien sûr, les images ratées
ces choses qu’on tait à moitié
les mots parfois comme de l’argile
qu’on pétrit sans trop de ferveur
tant ils nous semblent sourds au lyrisme des jours
aveugles aux ardeurs de l’automne
Photo – HIER SUR MA RUE * Montréal 2019