Et d’errer quelque part

Je me heurte à moi-même.
Sans trop me reconnaître.
Ni mon air, ni ma manière.
Comme si ma voix, jusqu’à mes lèvres,
changeait d’envie.

Y a des grenailles plein le trottoir.
Pour nos âmes glissantes.
L’herbe, déjà, ne sait plus la rosée.
C’est vite qu’on oublie les choses.

Là où j’existe est si mouvant.

Et d’errer quelque part à la surface des jours.
Même entre rires et larmes.

Photo – ET MARCHER DOUCEMENT LES HEURES * Décembre 2019 – Montréal

Mais ces trous dans nos paysages

le tissu blanc qui s’épaissit
et j’ai le temps

l’hiver peut y aller de sa neige
de son mordant jusqu’à la moelle

mais ces trous dans nos paysages
ces horizons creux de rochers

l’azur béant, l’amour géant
pareil aux circonstances d’oiseaux

me reste ton regard parlant
éperdument beau et perdu
qui se mêle à la lune

 


Photo – QUIET SNOW * Décembre 2019 – Montréal

Et les jours où l’oiseau suffit

on est grands
qu’on se dit
et pourtant si petits

j’entends ma ville
qui chante
et qui pleure à la fois

mais encore que l’eau reste
et le ciel
et la terre aussi

pour les tendres rivières à suivre
et les jours
où l’oiseau suffit

Photo – FILLE AU CENTRE-VILLE * Le 15 décembre * Montréal 2019

Emmêlements

j’ai marché, éperdument
sur un décembre de deuil
et j’ai vu, touché
pour la millionième fois
mon désir d’errance

et ce matin, mon réconfort
à regarder les branches s’abandonner au vent

nos vies en disent long
jusqu’à toucher la chair de l’autre
c’est vrai qu’on est poreux

 


Photo – TRIADE * Le 10 décembre * Montréal 2019

In extremis

J’arrive de trois heures dehors. À marcher au hasard.
Sachant ce qui s’en vient, j’ai voulu me gaver d’air doux.
Sa dernière caresse maybe avant le printemps.

Dans les prochaines vingt-quatre heures,
on y perdra vingt-cinq degrés.
Celsius, oui.

La pluie d’hier a tout fait fondre.
Et mes pieds ont béni l’asphalte.

Photo – BOUFFÉE SUBLIME * Aujourd’hui, 11h17 * Montréal 2019

Étreinte d’un dimanche

l’hiver arrive
qui souffle ses secrets

je pars marcher plus tôt
dans le matin plus chaud

plus tard, dit-on
le mercure chutera d’aplomb

en attendant tu me demandes
où sont passées tes larmes

j’ai vu une rivière argentée
sur mon chemin d’errance

une grande rivière où danser

 


Photo – L’ERRE D’AIMER * Décembre 2019 – Montréal

Les nocturnes comme de la neige

J’écoute Chopin.
Sa belle mélancolie.

J’aurais voulu frapper à sa porte.
Le regarder composer.
Sa tête, penchée sur son piano.

Des notes qui ressemblent à la neige.
Des mains de Brigitte Engerer.

 


Photo – ROULER DANS LA NEIGE * 5 décembre, 18h10 – Montréal

Novembre qui s’efface

Hier soir, la neige. La première vraie.
Celle qui vient tout éblouir.
Les coeurs et les pieds dans la boue.

Et ce matin, les branches blanches.
Le vent qui les secoue.

Et glissent en boules les flocons agglutinés.
Dans la lumière royale.


Photo – SUR DEUX MONDES * Hier, 17h44 – Montréal

La lumière persiste

C’est pris. Quelque part entre mon coeur et l’aube.
Et le soleil qui se hisse en haut des toits devant.
Et Chet Baker en sourdine, de la cuisine.

Par chance, les mots.
Et l’envie d’aimer. Malgré les états d’âme.
Cette distance qui nous ressemble.
Comme les deux berges d’une rivière.
Et les rochers. Et les remous.

J’irai marcher. J’y vais toujours.
C’est comme ça. Une manière de vivre.
Écrire et marcher. À travers ma ville et les jours.

Et attraper des images. Sur des battements de coeur.
La beauté qui s’immisce entre tellement de craques.

Tout va bien, t’en fais pas.
La lumière persiste. Encore collée au reste.

 


Photo – MOUVEMENT DES JOURS * Fin novembre 2019 – Montréal

Ton visage parlant

Je me serai vue à travers toi.
C’est comme ça qu’on se voit, non?

Nos désirs qui trébuchent et nos pas dans la boue.
Depuis nos barricades jusqu’à la poésie.
Tout le grand fragile et le fort.
D’entre nos rires, comme des ruisseaux.

Tes traversées devenues longues.
Les froncements, les lancinances.
Les clairs fuyants et les naufrages.
Avec toujours, les vagues entre nos yeux.
Comme des cailloux, des amours de rivière.

Et ta tristesse de ce soir-là. Ton visage parlant.
Un secret d’horizon, peut-être.

Là, j’attends. Que l’océan se pointe.
Pour me baigner un peu, sereine.
Dans l’eau salée et vive de mon coeur et du tien.


Photo – BONHEUR D’ERRANCE * Fin novembre 2019 – Montréal

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