Là où naissent les bézis

tous les instants y sont
sur la berge et ailleurs

le laid n’est pas sans belle trame
le blanc, le froid, le vent maudit
et j’aime tant qu’il ait écrit
grandir comme l’arbre
sans faire de bruit

quand le temps ne m’attrape pas
je danse au bord de la falaise
où vont les coeurs légers
car là où naissent les bézis
là où les bézis naissent
si souvent, je m’ennuie

j’erre mieux
tellement mieux que je ne cours

avec les pieds ou le coeur et sans chercher
juste un trottoir ou une rive et si je tombe
je tombe clair
au milieu du limon du fleuve
ou du beau grand limon de l’âme

ah! l’étrange
la si belle invention

∼

Photo : OVER THE PARAPET – 9 août 2018, Montréal

Autant de moi, autant de vous

je rêve rose
au plus près des petites choses
du rond de soleil dessous l’arbre
à ce vent doux par ma fenêtre
je rêve tout
autant de moi, autant de vous
et tant me pénètre et me danse
de nos tendres extravagances

∼

Photo : ET UN HOMME, DERRIÈRE ELLE, AVAIT LES YEUX AU CIEL – 7 août 2018, Montréal

Là où mon coeur s’empêtre

Quand il s’agit d’amour, je laisse parler les jours.

bien sûr parfois
je me le demande aussi
mais toi qui me connais
tu sais mieux que bien d’autres
ma solide indolence
devant ces choses-là
j’aime mieux mon errance
et le souffle du vent
là où mon coeur s’empêtre
je laisse faire le temps

∼

Photo : LA CONFIANCE – Avant-hier, dans mon quartier * Montréal 2018

Attachée au jour

Je ne sais rien de l’infini.
Sinon que j’en suis.
Nue, attachée au jour.
Comme à un port.
D’où vivre le rêve.
Et tandis que j’écris, enfin la pluie.
Et l’orage qui gronde.
Et mon cœur qui se serre.
Pas trop. Juste assez pour que je me rappelle.
La beauté du monde. Quoi qu’il en soit.

Photo : FEMME ET BÉTON – Dans la Petite Italie * Montréal – Août 2018

À chaque instant de moi

je te pense
comme on pense au soleil
quand il descend sur l’eau
au profil d’un amour
de longtemps

on aime comme on aime
je n’ai pas peur, tu sais
mais j’avance
sur des pierres tendres
de celles qui savent
le temps et les autres

et malgré toutes ces nuits
et tous ces silences
tu es là, toujours
au plus sensé de moi
comme un mirador
d’où surveiller les vagues
et le bel oiseau noir

tu es là
à chaque instant de moi

∼

Photo : ENTRE LES HERBES HAUTES – Dans les Champ des Possibles * Montréal – Août 2018

Comme une route

La poésie comme une route.
Criblée de tout l’imaginable.

Mon âme qui s’y dénoue.
Et sitôt s’y renoue.
Je perds à trop vouloir.

La poésie comme une route.
Où errer.
Doucement. Passionnément.

∼

Photo : RIEN QUE ÇA – 2018

Et ce désir, le même

Pour S.

la mer qui se dessine
et nos âmes portées
comme le bois de grève
au vent de mille vagues

et nos vies en rivières
et nos coeurs de femmes
et ce désir, le même
de liberté et de tendresse

∼

Photo : ELLES, ET LEURS CORPS ENLACÉS – Montréal * Juillet 2018

Et l’âme, néanmoins

Contre une paroi sèche et dure, le ruisseau dévie de sa course.

Pour tout ce qui naît et qui meurt au fil des amours et du monde,
la terre résiste ou se fissure, mais l’âme poursuit son chemin.

Photo : LE COEUR À ÊTRE – Dans mon quartier * 19 juillet 2018

La ville humide

des éclats de soleil et d’ambre
et tous ces désirs de ruisseaux
liquéfiés des deux côtés
de la ligne blanche

nos rêves qui mêlent leur haleine
dans l’humidité de la ville
et le cœur qui n’invente rien
il n’y a pas d’amours inutiles

on emporte les heures avec soi
et elles s’écoulent, nues et vivantes
versées jusque dans la nuit noire
en amont de nos âmes tendres

Photo : ONDE CLAIRE – Ce midi, dans le parc La Fontaine

L’ombre dans l’ouverture

La porte s’est ouverte

Au début je n’ai rien vu
qu’une ombre pâle, indéfinie

J’ai pensé que c’était toi
ou que c’était peut-être moi

Puis l’ombre a suivi son chemin
et j’ai vu que c’était nous

∼

Photo : RÊVES ET CHUCHOTEMENTS – Hier matin, dans le parc La Fontaine

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