Le vent dans les feuilles

J’ai ouvert le livre au hasard. Il s’y trouvait une feuille rouge. Je ne me souviens pas de l’y avoir glissée.

Les branches de l’arbre d’en avant s’alourdissent. Les plus basses sont à la hauteur de mes yeux maintenant. Je le regarde tout l’hiver cet arbre, avec les fils électriques qui le traversent et qui disparaitront bientôt de ma vue, cachés par son feuillage.

Après une première moitié de mai brutalement froide, le ressenti a grimpé autour de trente-cinq pendant deux jours. Il fait de nouveau froid ce matin, avec un ressenti de huit. Je viens quand même d’ouvrir la fenêtre. Pour laisser entrer l’air, mais pour voir surtout si déjà j’entendrais le bruit du vent dans les feuilles. 

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Photo : LA FEMME AU LOIN – Mai 2017

Sous les hautes branches

Je lève les yeux vers le bel érable, celui de la cour du deuxième voisin au nord, qui étend ses hautes branches jusqu’au-dessus de la nôtre. Le sol est plein de ces minuscules fleurs jaunes qu’il laisse tomber depuis une semaine.

Le jardin s’éveille lentement cette année. J’écris en posant les yeux sur lui de temps à autre. Et voilà qu’il me semble un peu triste. Comme s’il voyait déjà sa fin. Mais bien sûr c’était moi, en train d’y voir la mienne.

Cette vie, qui passe comme un été.

En contemplant le jardin et la tristesse qui est venue, je me dis qu’au fond, où qu’on se trouve sur la planète, la vie ne sert qu’elle-même. Et à rien d’autre qu’à vivre. 

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LE GRAND ÉRABLE – Ce matin, vu de la cour

Ce qui tombe sans nous

y a la grâce
qui passe et s’en va
comme une guitare au loin
j’en ai l’âme légère ou lourde
les cerisiers sont en fleurs
c’est ça, mai
le mois qui parle sans rien dire
qui nous chante les mains tendues
la transparence à venir
et les mots qui bercent ou font mal
on s’en ira sans qu’on y pleure
avec de gravé que l’amour
le monde tombera sans nous
et se relèvera encore
on aura mal avant
et après
et puis encore il y aura
la grâce
et tout ce qui balance
entre le beau et le laid
on pleurera, on s’aimera
et on recommencera
le temps gardera l’essentiel
le vent et ce qui lui ressemble

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Photo : LA FILLE ENTRE LES ARBRES, sur le mont Royal – Mai 2017

Le désir vivant

tout ce qui tarde
dans nos jardins gelés
pour chaque jour
qui promet tout encore

en attendant
je ne demande rien
que le désir vivant
d’un autre jour qui vient

Photos (diptyque) : À MANTEAUX OUVERTS
Il y a deux jours, au coeur de la ville

Bas filets et amours folles

tout ce feu, ce flamboiement
tant de beauté
infiniment
qui vient se jeter à mes pieds
et me rend aveugle à moi-même
bonheur ultime

et encore là par ma fenêtre
entre bourgeons et bas filets
tous ces contrastes osés par la pluie

et puisque vous en parlez

de mes années d’amours folles
une nostalgie peut-être
mais de regrets pourquoi
ou alors s’il en est, celui
d’y avoir moins de temps devant
pour y être aveuglée toujours
par l’aimer, le passionnément
et autant de beauté encore

Photo : DANS LA MÊME LUMIÈRE DU SOIR – Rue Beaubien, il y a trois jours

Éperdument la pluie

l’humanité
sa manière de goûter
d’aspirer le grand vide
la pluie est désarmée pourtant
le monde en serait-il jaloux?

il y a tant à voir tant et tant à aimer
et tant de beau à faire dans le creux des saisons
et des coeurs et des corps

tout ce perdu de temps à s’y perdre à vouloir
les yeux si grands fermés
mille et mille richesses vides de sentiments

dépourvus de tendresse on est si peu
il me semble
ou rien
du tout

carolinedufourfibevbr

DANS LA LUMIÈRE DU SOIR – Rue Beaubien, il y a deux jours

Décider ou vivre

je n’ai rien décidé
ou de si peu de choses
surtout pas décidé
de qui j’allais aimer

j’aurais fait autrement
mais sans doute pas mieux

car on décide quoi
et comment, dites-moi
moi je me donne à croire
qu’on ne décide pas

ce temps qui m’est si court
je préfère le vivre

Photo : LA FILLETTE SUR LE TROTTOIR – Mai 2017, Montréal

L’étonnement

ni plus ni moins que le monde
dans ses danses macabres
et ses valses blanches
du haut de tout
je redescends
et du bas, c’est pareil
je remonte
gris, jour de pluie
bleu, jour de soleil
rien ne détonne
le sens est celui
qu’on lui donne

carolinedufourfenbran

LA BEAUTÉ APERÇUE – Avril 2017, Montréal

À l’insoumise

je suis souvent si bête
et mon intensité encore
comme une enfance inassouvie
la liberté reste à me faire

y a tout à coup
tant de soleil sur le trottoir
et pourtant le ciel est noir

de toute manière
voilà ma quête

à la grande insoumise
qui me fascine et me façonne
et seulement toujours à sa guise
je ne demande que du temps
pour y faire et y voir

et y rêver surtout

continuer dans la foule
malgré l’amour qui a soif
et le vertige partout
d’aller boire au ruisseau

Photo : CELLE QUI RESSEMBLE – Avril 2017, Montréal

La lune ne crie jamais

j’écoute des notes qui s’égouttent
comme ces étrangers qui fascinent
des gouttes d’eau qui me réveillent
ou qui m’endorment, je ne sais pas

on couche bien au fond du bois
où se trouvent les douleurs du monde
on ne s’y noie pas pour autant
peut-être qu’on parle plus doucement
pour ne faire de peur à personne

la lune jamais
jamais la lune ne crie

le temps passe et là je m’étends
sans m’en défaire plus qu’il n’en faut
on tombera de toute manière
ça sert à quoi de tout brûler
aussi bien regarder le temps
le ciel et les enfants

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Photo : BONTÉ DE BRUINE – Hier, dans mon quartier

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