Sac d’oignons

Montréal est belle, que j’me disais tantôt
en revenant avec un filet
plein de beaux oignons rouges
qui viennent d’la ferme à Mélina
qui s’ra là encore une semaine
dehors
à ras l’magasin du boucher
au coin de fabre et laurier

Montréal est belle, que j’me suis dit
avec sa montagne
ses gens
ses rues sans bon sens
pis ses beaux grands arbres
même en novembre c’est vrai pareil

mais est-ce que j’vous ai déjà dit
à quel point Montréal est belle?

AUTOMNE DE LUXE Avant-hier en fin de journée, sur le mont Royal

AUTOMNE DE LUXE
Avant-hier en fin de journée, sur le mont Royal

L’art de dégringoler

à force de débouler les marches
j’me cogne moins souvent la tête

nos mondes sont d’abord intérieurs
n’est-ce pas
mon genre de voyage, tiens
faire un tour
dans une ou deux têtes par jour
y chercher les mots du bonheur
les doutes, la peur même
goûter un peu au monde des autres
et me renicher dans le mien
pour y rêver encore
et mieux peut-être

NOS PARTS DU RÊVE Dans le Mile End, avant-hier

NOS PARTS DU RÊVE
Dans le Mile End, avant-hier

Juste avant l’étreinte

Tout y était.
Dans le moment comme ailleurs.
Ne me restait qu’à enlever
l’excédent, le bavard, le trop lourd.
Tout ce qui détournait l’attention
de ce qui compte.

LES INSTANTS ENLACÉS Hier, quelque part sur le Plateau

LES INSTANTS ENLACÉS
Hier, quelque part sur le Plateau

J’y pense

couler par-dessus des roches sans se demander
s’en aller vers la mer sans le savoir et sans même y penser

Je suis loin d’une rivière.
Et d’en être une aussi.
Mais j’y pense.
Loin de la mer aussi.
Mais j’y pense.
Et voilà, c’est dimanche.
Et je ne m’en fais pas.
Parce que demain viendra de toute manière.
Que j’y sois ou pas.
Et que ça ne changera rien.
Ni grand-chose.
Et c’est parfait comme ça.
Dans l’immensité du monde.

Là, je pars.
Je vais laisser un peu de fricassée au cari à ma mère.
Et continuer plus loin, voir ma soeur et son nouveau logement.

C'ÉTAIT BEAU, J'AI TOURNÉ LA TÊTE ET CLIQUÉ Hier, Rue St-Laurent

C’ÉTAIT BEAU, J’AI TOURNÉ LA TÊTE ET CLIQUÉ
Hier, Rue St-Laurent

Le goût de l’instant

L’enfant ne savait rien de ce qui l’attendait. Toute présente qu’elle était, elle se donnait à la vie, sans résister au début. Bien sûr il fut qu’avec le temps, en goûtant la douceur absente et les ciels gris du cœur, elle apprit à retenir. À garder pour elle des pleurs qui avaient coulé sans entrave. Et à taire des mots qu’elle commençait à peine à dire. Puis le temps fit ce qu’il fit. Et vinrent ces années où, ayant éprouvé l’eau, le feu, le vent et les grands rochers de la terre, elle se mit à penser les couleurs et les formes comme autant de nuances d’ombre et de lumière. Et tant l’âme s’en mêle et tant elle la laissa, elle s’approcha plus près de ce qui fait le monde. C’est si vrai qu’un matin, elle n’eut de regard que pour lui. Et dans cet instant, mais seulement cet instant, le reste s’effaça. La peur avec, sans même qu’elle y pense.

LES NUANCES DU MONDE Sur le Plateau, Montréal, octobre 2015

LES NUANCES DU MONDE
Sur le Plateau, Montréal, octobre 2015

De l’immobilité

Être aussi bien relevait forcément de la chance. Elle savait les coups durs. Avait fui plus qu’à son tour sous les grands soleils de l’errance. Là, sous le ciel dégagé, zéro désir de changer les choses. Seulement celui de vivre. Fort. Et rien qui ne l’en empêchait. Marcher. Aimer. Se laisser trouver des chemins et se laisser en perdre. À bras et coeur ouverts tant qu’elle le pouvait. La vie ferait le reste en soufflant ses vents de désordre. Oui là, dans l’instant, aimer et marcher. Dans les arbres ou la ville. Le plus souvent possible. Et le plus doucement du monde.

L'IRRÉSISTIBLE Quelque part à Montréal, octobre 2015

L’IRRÉSISTIBLE
Quelque part à Montréal, octobre 2015

L’éloge d’une fuite

Elle avait juré qu’elle n’y retournerait plus. Elle allait mourir si elle ne faisait rien. Le chemin serait ce qu’il serait, on ne reste pas là où on meurt. Les camions passaient sans qu’elle se décide. Ne lui manquait plus que le courage du pouce. Le sortir, le mettre en évidence pour que quelqu’un l’embarque. Un camion, un gros, un petit. N’importe lequel. Mais un camion qui irait loin surtout. Dans une grande ville, où elle vivrait incognito. Elle ne tomberait pas entre les pattes du loup, ne se laisserait pas happer par la morosité des jours gris, la lourdeur d’une solitude pas encore apprivoisée. Ses sœurs avaient croupi sous le poids de l’aliénation, mais pas elle, ça ne lui arriverait pas. Ce jour-là, quand elle leva le bras, elle continua de croire en la promesse du monde.carolinedufourautro6

Sur un banc, etc.

si t’étais venue hier
on serait allées marcher
respirer l’air de l’automne
on aurait r’gardé les feuilles
et leurs empreintes sur la terre
on se serait assises
sur un banc
on aurait ri un peu
pleuré peut-être un peu aussi
puis le temps aurait passé
sans qu’on regrette rien
on se serait dit bye coin St-Laurent et Marie-Anne
j’aurais pris queq’photos en remontant la rue
et j’me serais dit que j’ai d’la chance qu’on soit amies
ah… mais j’y pense
t’es venue hier, non?

JUSTE AH - Hier, entre montagne et ville, Montréal

JUSTE AH – Hier, entre montagne et ville, Montréal

Le sens des jours

j’ai vu l’automne hier
avec l’hiver à sa porte

et v’là monsieur René
sur le trottoir devant ma fenêtre
il avance vite, toujours
malgré son âge
comme si la vie l’attendait quelque part
ou la mort, même affaire
ses jambes sont longues
ses enjambées immenses
quand sa Madeleine vivait encore
il marchait lentement
elle était si petite

SECONDE D'AUTOMNE - Hier, sur le mont Royal

SECONDE D’AUTOMNE – Hier, sur le mont Royal

Rien que la lumière

je vis dans une ville
d’orangés
en automne
un chemin de saisons
je divague et m’emporte
et me laisse
emporter
on n’arrête pas le vent
ni les feuilles d’ailleurs
et c’est parfait comme ça
n’est-ce pas monsieur l’inspecteur?

LE PARAPLUIE Intersection des rues Beaubien et Christophe-Colomb, hier soir, Montréal

LE PARAPLUIE
Intersection des rues Beaubien et Christophe-Colomb, hier soir, Montréal

No more posts.