n’avoir rien demandé et avoir l’eau la neige et ce goût du tendre qui tient collé quelque part sur la langue malgré la contrainte sensible tatouée comme une tache d’enfance ou peut-être un grain de beauté
Photo : LA BELLE BLANCHE * Mi-mars 2023 – Montréal
J’aurais aimé d’autres conversations. Après la lune de ce soir-là. Mais tu partais et je restais.
L’hiver est presque derrière nous. Un troisième coup sur un tambour ne blanchit en rien une fable.
Viens voir, j’entends. Vite ! Mon café coule, je me dépêche. Un épervier sur la clôture. Avec quelque chose dans sa gueule. C’est quand même beau sur le matin.
Le désir du monde est glissant. Mais pas l’oiseau. Ni le piano.
L’accusée au ventre de feu est arrivée pieds nus, les yeux sur le jour. On l’avait aperçue debout au coeur de la mêlée – non seulement osait-elle errer, mais elle exhalait sans pudeur des relents de terre indomptée. Allait-on la placer sous haute surveillance? No need, really. Suffisait de saturer l’air d’une longue traînée de censure.
C’est épisodique, dit-elle. On fouille les rudiments et l’absence du tendre sans relever vraiment la nature du crime. Quelque part la beauté. L’étreinte de l’oiseau et les clameurs fertiles. Le temps qui fait fontaine jusqu’au ventre du corps, délivré par le battement des jours, le cheval solitaire et la rivière blanche. C’est un silence qui se faufile entre les reins de l’arbre.
Au coeur des fourvoiements possibles, y a eu la traversée du bois. Et son trempé d’interdiction. Le poids certain d’un héritage et d’autres émotions sculptées à même le béton. Par autant d’amour même triste et d’années sans peur du reproche, le mystique annoncé. C’est la nudité du désir, dirait mon père, et sa folle nécessité. Quoi qu’on en dise, dans l’eau des chutes ou des bassins, le corps reste sauvage. Les courbes des rivières n’ont rien à voir avec la tête.
Photo : ET C’ÉTAIT ÇA * Hier après-midi – Montréal
C’est vrai pour le bateau et le chien dans la cale. Pour la torsion aussi, arrivée du silence. Une censure en serpent. Et pour les jours, de gauche à droite, de haut en bas. Reste le temps, redonné à l’errance sous le ciel de l’hiver. La neige est belle qui se dépose, comme une phrase, une sentence à lire. Depuis le corps et ses emportements. Et je t’entends. On chercherait longtemps une rivière qui s’indigne. Alors j’épie le jour d’entre mes rives.
Mais toi, et ton ciel dis-moi? J’ai pourtant cru qu’on ne se perdrait pas, toi mon si beau tourment. Mais là aussi, ça dépendait du temps.
Tous les possibles d’un matin pénètrent l’embrasure.
Où le soleil hachure la neige, une fille lève le visage au ciel comme on boirait une gorgée d’eau.
À bas le poids des fous furieux.
Je garde mes bottines. Le monde ne sera que le monde.
Émile a tendance à se marrer quand il achète son poisson. Pareil quand le soleil se lève dans son petit appartement avec vue sur le cimetière. Il se met là debout devant la toile du moment son pinceau à la main et reste sans bouger au milieu du bordel pendant de longues minutes. Le temps de se rappeler peut-être comment le loup s’y prend pour semer la méfiance entre ses proies de choix et de voir qu’il pleut sur la neige.