Lettre à Colette

Je suis venue tôt dans la cour, dans un parfum de pluie. J’ai tiré la table et la chaise dessous le petit toit. L’averse tombe en musique sur le bois du balcon. Une claire caresse au jardin, aux orpins qui se rosent. On a taillé les pans de vigne qui coupaient le soleil. La lumière dorée de l’automne se rendra mieux à nous.

J’ai un drôle de vertige, ces temps. Un chancèlement étrange dans un paysage inédit. Si je te racontais l’époque, ses égarements et ses manières, tu me croirais bien sûr. Là où les rivières ne craignent ni les rochers ni la mer, on y rampe dans les broussailles à chercher ce qu’on a déjà. Par chance le vent sait mieux que nous.

Photo : QUAND L’ESPRIT VIENT AUX FILLES * Septembre 2021 * Montréal

La main humaine

Et tout ce temps, le poids de l’autre.
La main qui se tend ou condamne.
Le mystère est si grand pourtant de vivre et de mourir.

Photo : LES VENTS TOURNANTS * Hier, Parc Laurier * Montréal

La main dorée

là où l’orpin tourne au rose
et où fidèle à mon habitude
je pleure un peu d’avance
l’été qui s’en ira –
son image déchirée
par la main de l’automne

Photo : MALGRÉ TOUT * Hier * Montréal

Capitaine mystère

Marche avec moi. J’aime te sentir là, quelque part pas loin. Dans la lumière qui s’immisce, celle du jour au coeur de l’ombre.

La ville porte nos âmes comme des rubans dorés. On flotte au coeur du monde sans avoir rien payé. Un voyage sans capitaine autre que le mystère.

Alors qu’on me laisse vaguer, me laisse divaguer. Qu’un peu j’ouvre les yeux avant que le temps me soit pris.

Tous ces millénaires à se faire sans l’aide de personne.

On ne fera jamais mieux que les feuilles et le vent.

Photo : UN MORCEAU D’OCÉAN – Hier * Montréal

Ô mon réveil perdu

midi cinquante-trois
sortie m’acheter du chocolat, écrit-elle

et le vieil homme sur la toile
apparu soudainement
et les voisins
qu’on endure mal
histoire d’années et de bruit
la ville qui parle

la poésie? je n’en sais rien
alors j’en dirai surtout rien
sinon peut-être qu’elle prend forme
ou pas
naît et serait ou pourrait être
ni plus ni moins que l’arbre
et le nuage
et sans ou avec
préconception le fruit
d’un geste
ou pas
toutes importances confondues

Et la faille qui s’agrandit.
Si tu voyais la perfection de l’orchidée ce matin, de la lumière qui l’enveloppe, celle du soleil qui entre de côté par la fenêtre de la cuisine. Le plaisir qu’elles me font en n’y faisant que ce qu’elles font. S’il fallait qu’elles mesurent et pèsent, ô mon réveil perdu.

Photo : PORTANCES D’UN JOUR – Août 2021 * Montréal

La cigale

Et la mienne de lourdeur, dans cette chaleur que j’aime.

On a pris une nuit au mot, pensant qu’elle en disait plus long que tous les temps mis ensemble et tous les mystères de ce monde.
Heureusement l’errance et le rêve contre les bruits assourdissants. Et la cigale, qui n’en fait qu’à bon vent.
Et là de lire un peu Whitman pour mon coeur qui s’allège dans ces échos de la conscience.

Photo : SONG OF MYSELF * Août 2021 * Montréal

Les vents ou les âmes

perdre pied, encore
sans avoir vu venir, sinon le simple jour

un pas dans le coulant du sable

et les coeurs et la peine
et l’orgueil peut-être

mais rien de tout ça n’est très clair
autre que d’y vouloir aimer

et que les vents ou les âmes
viendront bien à bout de la brume

Photo : EXISTER ENSEMBLE – Août 2021 * Montréal

Légèreté

où j’ai tu que dans la
nuit j’avais gratté près
des fissures
dans les
fendillements

tu pour
y rester légère
plus légère que mon corps
et mon âme béante

et tendre un miroir
immobile

·


Photo : ERRER À TRAVERS LE SONGE – Août 2021 * Montréal

Le bateau et la mer

la nuit dernière, dans la cuisine
le seul bruit du frigo

une certaine immobilité
mais pas celle du coeur ni du sang

la chaleur est lourde et humide –
j’irai marcher aux mêmes heures
mais plus lentement que d’habitude

j’ai retrouvé un bandeau rouge
qui empêche la sueur de noyer mon visage

je donnerai à l’errance jusqu’au bord de la nuit
avec rien à feindre

le temps reste ma grâce – le bateau et la mer

Photo : L’INTIME – Août 2021 * Montréal

La nuit s’épuisera

Sortez-l’en
Sortez-m’en, dit-elle
Du charbon étendu
Ou tiré à la ligne

Le jugement est lourd
À décoiffer la lune
Et par-dessus l’épaule
Les têtes s’y promènent

La nuit s’épuisera
De par son propre ciel
Les étoiles sont belles
Aussitôt qu’on les voit

∼

Inspiré de cette esquisse de J’y B

No more posts.