Nos bôzoublis de soi

d’un bord on se dit tout sur des murs et des dalles
et de l’autre on se perd de détours en dédales

je nous aime les humains
dans nos lieux les plus bruts
nos poses les moins léchées
nos beaux oublis de soi

et je nous trouve beaux
quand nos corps s’abandonnent
et que nos coeurs se donnent

ce doit être pour ça
que j’aime tant et toujours
les vieux et les beaux fous
et les-ceuze-dans-la-marge
qui-n’attendent-rien-de-vous

car au fond, faut s’le dire
en rire ou en délire
qu’y a-t-il d’autre à perdre
que la vie et l’amour

LÀ OÙ TANGUENT LES JOURS  Montréal, fin août 2015

LÀ OÙ TANGUENT LES JOURS
Montréal, fin août 2015

La tortue rigole

Vous pleuriez?
Eh bien! riez maintenant…

Sa façon trouvée d’être heureuse était de l’être.
En dépit des dissonances.
Et malgré toutes les raisons qu’on lui offrait pour ne pas l’être.
Car, pensait-elle, avec autant de théâtres de douleur et d’effroi
s’il faut qu’au jeu du bonheur, je ne me prête pas
le risque est colossal que je ne le sois pas.
Et c’est ainsi qu’elle s’ingéniait sur les planches de chaque jour
à tailler un regard où exultait l’amour.
Et à en rire, évidemment.

QU'ON SE LE DISE Plateau, Montréal 2015

QU’ON SE LE DISE
Plateau, Montréal 2015

Le fruit du jour

Tu flânes dans ta ville, le pied léger. Depuis le matin, ton unique souci a été de t’assurer que tu aurais assez de temps pour une grande marche. La circulation s’intensifie, les gens ont fini leur journée de travail. Tu passes le long d’un jardin communautaire où trois coeurs paysans s’affairent chacun dans un carré de terre. Tu les regardes faire un moment, ils ont l’air heureux. C’est l’abondance en cette chaude fin d’été, et ils ne sont venus sans doute que pour cueillir quelques légumes pour leur repas du soir, et un brin de paix aussi. Tu suis surtout les petites rues, et tu fais exprès d’en prendre que tu connais moins, pour le plaisir de la découverte. Un peu plus loin, tu traverses le parc Lafontaine. Adossé à un arbre, un homme joue de la guitare. Des enfants courent sur le bord du petit lac et des goélands crient en se disputant les bouts de pain qu’on leur lance. Et par dizaines, touristes ou pas, on profite du soleil de fin de journée. Te voilà maintenant sur une grande avenue. Ça bouge vite autour de toi, les vélos, les piétons, les voitures. Des gens pressés d’arriver à la maison. Et tout ce temps, tu marches, l’esprit et le coeur tranquille. Tu ne t’inquiètes de rien. Tu penses par moments à ceux que tu aimes, certains plus près, d’autres plus loin, en espérant qu’ils vont bien. Et tout ce temps aussi, tu sais que tu as de la chance. De vivre dans cette ville où il y a tant pour être heureux. Et assez peu de raisons d’avoir peur ou d’avoir faim.

JARDIN DE VILLE ET COEUR TRANQUILLE Jardin communautaire, coin Gilford et Delorimier Septembre 2015, Montréal

JARDIN DE VILLE ET COEUR TRANQUILLE
Jardin communautaire, coin Gilford et Delorimier
Septembre 2015, Montréal

Marcher

quelques jours encore de grande chaleur à l’horizon
et moi j’irai marcher
j’irai goûter le vent chaud
à l’ombre des grands arbres
et trouver la quiétude dans mon pas régulier
j’avoue chaque fois c’est la même chose
la fin du chaud me nostalgise
je m’entends rêver malgré moi
d’un été qui s’éternise
comme un long point d’orgue
sur le battement de mon pas
et sur ce je vous laisse
car je m’en vais de ce même pas
retrouver le vent doux
tandis qu’il souffle encore
sous le couvert amoureux
des grands arbres verts

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