Chanceuse, oui

j’aime les mots
comme j’aime les arbres
parce que j’y trouve de quoi
habiter les heures
et mon âme

j’ignore les tenants
et les aboutissants
du grand mystère

ce que je n’ignore pas
c’est que j’aime y être
faire partie du privilège

je sais que l’expérience
peut être vue de mille manières
qu’on lève vite le nez sur le rose
ou sur le trop dark

je navigue doucement
et pourtant j’aime les extrêmes
les contrastes forts
les idées divergentes
qui se cognent l’une sur l’autre

et ce matin cet homme
au pas rapide
non non, pas lui, un autre
où s’en va-t-il
les bras chargés de pain frais ?
quelque part de tendre, j’espère

COIN D'OCTOBRE Intersection des rues Mont-Royal et De Lorimier, Montréal 2015

COIN D’OCTOBRE
Intersection des rues Mont-Royal et De Lorimier, Montréal 2015

Le coeur des arbres

Mon père, juste avant de mourir,
m’a dit que la vie pouvait être simple.

un moment
ce matin
la pluie
un regard sur la vie
sans passé ni futur
et sans complexe
ni complication
un simple respir

Sous le ciel

je m’impose ou je reste coite
sans histoire
comme un dieu qui boite
et qui se cherche dans le monde
un monde où tout parfois s’effondre
et tout parfois s’érige

pour la somme des hommes
l’intérêt des choses belles
le jour où on arrive à voir
jusqu’au fond du cœur
le cœur de l’homme et de sa sœur

je vois les feuilles oranges
une rue tranquille
et je rêve
de maintenant
de ce qui est déjà là
et qui ne dépend que de moi

un regard, des mots, des rires
une danse à n’en plus finir
cherchez-moi vous me trouverez
je reviens quand on me sonne
et pourtant
je ne réponds à personne

musicienne
avec toi et lui et elle
et l’instant du ciel
pourquoi j’irais autrement
j’essaie de laisser venir
et puis après on verra

tu vois c’est pas compliqué
et ça ressemble à moi
après j’allume le feu
ou je cours chercher du bois
c’est vrai la forêt me manque
parfois

mais sinon tout va bien
c’était une lettre
quelques mots
parce que je pensais à toi
à nous d’il y a longtemps
j’espère que tu vas bien
malgré toutes les peurs et toutes les erreurs
j’espère qu’on s’est fait du bien
et qu’en bout de compte c’était l’amour
même si parfois on se demande
alors, à un de ces jours
c’était moi, pour toi

SE FAIRE UN CINÉMA, Diptyque - Montréal 2015 et Paris 2003

SE FAIRE UN CINÉMA, Diptyque – Montréal 2015 et Paris 2003

Traversée

je naviguais déjà dans ce billet hier
quand j’ai trouvé devant chez moi
un journal intime échappé
quelques pages seulement, un journal naissant
des rêves charnels, des inquiétudes, le regard des autres
et même jusqu’à la soif du père
un cahier comme j’en ai eu tant
un journal d’un temps de rivière

jusqu’au ruisseau pour le trouver
tendre l’oreille aux bruits de l’eau
entre les massifs de pipeaux
et tous ces souffles qu’on semence
pour inspirer la peur du large
et du doux soleil de l’errance
encore après sur la rivière
avancer sur l’humeur des jours
ramer dur et ramer fort
devant tous les brisants du monde
et puis à voile sur le grand fleuve
vers l’estuaire
chanter pour tout le ciel autour
et sur la mer
la voix qui glisse vers l’azur
encore une chanson d’amour

ÉCLAT DE RUBIS - Campus McGill  / Bord de la rivière l'Assomption, septembre 2015 en deux temps

ÉCLAT DE RUBIS – Campus McGill / Bord de la rivière l’Assomption, septembre 2015 en deux temps

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