D’instants et de rivières

Y avait des passages sinueux à travers rochers et rapides,
où j’ai pu m’accrocher un peu à quelques solides racines.

Une jolie affiche peinte à la main.
Comme un sourire.
Pour faire jaillir quelque tendresse.
Quelle que soit la rivière du moment,
au gré des jours et de mes marches quotidiennes
mon âme se nourrit de beauté.
De celle qui adoucit un peu le passage obligé du temps.
Comme ces petites choses qui existent
parce que quelqu’un a pris la peine de faire qu’un court instant soit beau.

Montréal, Juillet 2013

Montréal, Juillet 2013

Les nourritures digestes

J’ai toujours été une créature mal foutue, Mr Bones, un homme criblé
de contradictions et d’incohérences, le jouet d’élans trop multiples. 

D’un côté, le coeur pur, la bonté (…). De l’autre, un braque mal embouché (…).
Et le poète? Tombé quelque part entre les deux, je suppose,
dans l’intervalle entre le meilleur et le pire de moi.
Extrait du roman Tombouctou, Paul Auster, 1999, chez Actes Sud.

carolinedufournouter2Je n’aurais jamais avant utilisé le mot naïve
pour parler de ma personne.
Mais voilà que certains évènements récents
m’ont poussée à regarder les choses sous cet angle.
Au final, je me suis demandé
s’il y avait une différence entre le fait d’être naïf
et celui de ne pas user de son temps à l’élaboration de stratégies défensives.
La réponse n’est pas venue, et je ne la cherche plus.
Car quel que soit l’angle que je choisis pour aborder la question,
et quelle qu’en soit l’issue véritable au regard du tout,
la sollicitude dont j’use est encore l’une des choses que je digère le mieux.

Sur la montagne, hier.

Sur la montagne, hier.

Matière à vouloir

Je crois bien sûr absolument
que vouloir donner un sens à sa vie est une matière noble.
Mais je sais aussi que vouloir peut être un habile voleur,
capable de me piquer l’instant et tout ce qu’il m’offre.
C’est sous cette lumière que je propose
que si vouloir autre chose relève parfois du petit larcin hasardeux,
persister à vouloir ce qui est inutile pour l’âme
relève souvent de la pure escroquerie.

Sur le mont Royal, l'avenue du Parc en arrière-plan - Juillet 2013.

Sur le mont Royal, l’avenue du Parc en arrière-plan – Juillet 2013.

Parc Jeanne-Mance, le mont Royal en arrière-plan - Juillet 2013

Parc Jeanne-Mance, le mont Royal en arrière-plan – Juillet 2013

Valeurs d’angle

La ville peut m’être incroyablement belle.
Comme dans ces rues étroites et si infiniment droites,
quand le soleil se couche en dessinant du merveilleux.
Ou comme tôt hier matin, du haut de la montagne.
Montagne, montagne, où serais-je sans toi?

Rue Rivard - Juillet 2013

Rue Rivard – Juillet 2013

Vue vers l'est, du haut du mont Royal - Juillet 2013

Vue vers l’est, du haut du mont Royal – Juillet 2013

Le calme de l’eau

Je l’ai trouvé beau cet homme.
J’ignore comment il se sentait,
et à quoi il pensait,
mais il était beau.
Il avançait tranquillement en s’aidant de sa canne.
Je sais que cette lenteur y était pour beaucoup
dans l’impression de beauté qui m’a frappée.
Un jeune en vélo a ralenti derrière lui,
le temps de s’assurer, sans doute, qu’il ne l’effraierait pas.
Le chemin est étroit autour du lac.

Le lac aux Castors a retrouvé son eau. Du bonheur. (Montréal, Juillet 2013)

Le lac aux Castors a retrouvé son eau. Du bonheur. (Montréal, Juillet 2013)

La fille en rouge

Y a eu Paris pendant quelques mois.
Et une jolie ville en Colombie-Britannique.
Et d’autres ailleurs aussi, plus ou moins longtemps.
Mais toujours ce même port à l’intérieur de moi.

Paris, 2004

Paris, 2004

Émersion

Elle a surgi dans les derniers jours. Et voilà qu’elle me parle de moi, de ces boucliers que j’ai forgés au fil des ans et que la candeur m’empêche parfois d’élever à temps. C’est qu’il en faut bien quelques-uns dans ce bas monde.

Quand elle m’en aura dit assez ma peine, elle baissera la voix. Mais elle restera là, pas trop loin, à portée d’âme. Et grand bien m’en fasse. Car il me semble que sans elle, qui veille comme elle peut au grain de ma vie, sans elle, je n’aurais pas de coeur.

Mile-End, Mai 2013

Montréal, Mai 2013

De béton et d’âmes

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Malgré son immense folie, j’aime cette faune humaine et bétonnière.
Cet essoufflement des âmes vers l’inconnu.

Et c’est souvent quand je marche, mon p’tit canon à la main,
que cette effervescence prend un sens pour moi.
Pouvoir la regarder de l’extérieur, la voir sans trop être vue.
Et tout ça sur fond d’arbres, quel luxe quand même.

Juillet est presque là.
Il fait trop gris encore. Et trop froid pour parler d’été.
Mais Montréal, elle, est toujours aussi tranquille.

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Ressac

Retour violent des vagues sur elles-mêmes
lorsqu’elles ont frappé un obstacle.

Combien de ressacs plus ou moins violents
ai-je donc vécus sans jamais y mettre le mot?
Et dire que j’aurais pu, chaque fois, penser à la mer.
Ou me souvenir des rivières.

La belle L'Assomption, juin 2013

La belle L’Assomption, juin 2013

La belle attente

Il y a l’autre attente aussi. Celle que j’aime.
Celle qui m’est presque un plaisir assuré.

Quand j’attends quelqu’un dans un lieu public,
je m’impatiente rarement.
J’arrive d’ailleurs souvent tôt à mes rendez-vous
parce que je préfère de beaucoup attendre
que sentir qu’on m’attend.

Ces moments-là d’attente, dis-je,
sont un peu pour moi comme des moments volés au temps.
Des moments où je n’ai de choix que de ne rien faire.
Où je peux paresser à souhait,
laisser mon esprit se poser où il veut,
et regarder battre le coeur du monde.

Un peu comme Gaby, je crois,
quand on va ensemble au centre-ville.
C’est lui, l’autre jour.
Je l’ai laissé seul un temps, au milieu de la foule,
pour aller régler des questions d’impôt.
Et je l’ai regardé, de loin, qui regardait le monde.
Comme je sais qu’il l’a fait des milliers de fois dans sa vie.

Un jour peut-être, je vous raconterai l’histoire de Gaby.

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