D’entre les ciels

comme un vent qui emporte l’air
dans son chemin tournant
ne traverse les heures 
que celle que je suis

rêve-moi surtout amoureuse 
du jour comme de la nuit
de mes saisons d’ivresse 
et de mes insomnies

je joue à oser du regard
dans l’espace et le temps
sur les eaux claires et les eaux noires
les ciels bleus et les gris
 



Photo : DAUGHTER, COFFEE AND LAKE * Juin 2019

Sans y fracasser les fleurs

Devant l’accident, même le plus banal, on peut se demander. Un instant échappé. On dirait le hasard. Et pourtant, je n’ai qu’à regarder la lune pour savoir que rien n’est rien.

Le temps m’est bon quand je m’y coule. De quoi rouler bien des milles sans y fracasser les fleurs.

Photo : LE LONG DES MOUVEMENTS HUMAINS – Montréal * Juillet 2019

Courants et autres tableaux

Si votre quotidien vous paraît pauvre, ne l’accusez pas; accusez-vous vous-même de n’être pas assez poète pour en appeler à vous les richesses. Rilke

quelque chose s’est alourdi

au revers des solitudes que nous sommes toujours
quelque chose a changé

encore que je me méfie
de ces tableaux qui me tirent loin des courants d’aube

j’aime mieux donner à l’eau

et au vent, qui la fait trembler sous le ciel

Photo : FEUILLE, EAU, RAIS ET MINÉRAUX * Au lac – Juin 2019

Dans nos veines

Moi l’errante et toi l’immobile.
Et dans nos veines, des morceaux d’infini.

Le temps comme un jardin où l’aube nous fausse compagnie.
Pareil au fleuve dans ses battures au fil des vents et des marées.

Et la nuit qui constelle au-dessus de nos corps.
La tendresse qui jaillit d’entre les bruits de l’âme.

Les larmes enneigées d’apparentes vertus,
j’aurai rendu au jour sa fidèle insomnie.

 


Photo : L’ÉCOUTE – Le feu * Juin 2019

Tensions

et resurgir à l’aube
par les tensions d’un monde vivant

malgré la braise saturée d’eau
et le tonnerre qui gronde
rassembler branches et brindilles
pour quelques filets de fumée
et le fuyant de la flamme

Photo : AUBE – Lac Kénogami * Juin 2019

La part du récit

parmi les roses, certaines se meurent
que se passera-t-il si je laisse tomber la question?

Il y a l’art et la neige. Le support romanesque où se mêlent nos idées. L’histoire présentée comme une suite.

Le présent reconduit l’oubli, quelle que soit l’époque. La disparition des uns devient l’apparition des autres. Et tout change au regard de l’instant. L’amnésie est infuse. On oublie février comme on oublie l’abîme. Jamais complètement mais quand même.

L’histoire n’a pas de tête. Elle s’invente à mesure. Et se raconte sous tous les angles. On démentit jusqu’à la moelle. Puis on réorganise au parfum du présent. La part du récit. Dont chacun a sa part.

Et ce matin, même en ville, des oiseaux chantent.

 


Photo : FLAQUE – Ruelle de Montréal, 2019

Nos vents

Librement la musique. Et nos vents qui se mêlent comme autant de broussailles.
Pendant ce temps, l’hiver est clos et le printemps achève. Nos peines et nos rires monteront d’entre des nuits plus chaudes.
Sous le matin penché, on se retrouvera. Pour se reperdre encore.
Devant le ciel qui danse.

Photo : DANS UN PRESQUE SILENCE – Lac Kénogami, mi-juin 2019

Où que j’aille

à la dernière heure
j’aurai vu le pygargue
le beau noir à tête blanche
le majestueux
là-haut qui naviguait le ciel

dire qu’on se pense rois

et de nos traces en firmament
et nos coeurs sans adresses
j’abstrais ce qui joue et se chante
parce que le poids que je n’ai pas
et la mesure de ma mouvance

et du miroir des rameaux
des nœuds et de l’écorce
jaillit le sentiment
que les yeux sur le beau
ma peur de perdre cède
et qu’où que j’aille
j’aurai encore ce que j’ai vu

soufflent les vents de ma mémoire
sur les forêts et les lacs
et toute la tendresse du monde

 


Photo : ON THE ROAD – 14 juin 2019

Avant que de danser

je le dis comme la mer
qui s’éloigne et s’approche
comme le ventre qui s’ouvre
et cet ébranlement

on se verra là-bas
peut-être, me dis-tu
vivante sans te savoir
quand même je te rêve

et ma mémoire ne cherche
ni plus loin ni plus près que la mort
pas plus que les feuilles n’y pensent
avant que de danser

Photo : UNE LARME DE TEMPS – Sur la 40 * Juin 2019

En attendant je t’aime

le soir revient encore
fidèle au temps qui passe

et son ciel comme le reste
reste libre
insoumis comme le jour

la beauté n’offre à vivre
aucune certitude

en attendant je t’aime
et c’est plus fort que moi

 


Photo : IMMERSION – Sur la 40 * Juin 2019

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