Tissu de mémoire

Le temps est redevenu glacial.
La météo prétend que mars sera brutal.
Comme s’il fallait le savoir d’avance, pense Lou.
Elle boit son deuxième café en regardant dehors.
Surtout les oiseaux.
Charles est resté au lit.
Ils ont parlé un peu avant qu’il se rendorme.
– J’ai pas de souvenirs de grand-chose, avait-il dit. Ils se
sont usés on dirait, comme un vieux manteau.
Elle sait qu’il pense à son père, à sa mort imminente.
– Oui, la mémoire a le don de s’effilocher.
Elle l’entend qui se lève.
Elle va vers l’armoire et en sort la tasse qu’il aime.

Photo : SANS BOTTINES – Mars 2021 * Montréal

Noir et blanc

La neige tombe de côté. Dense et lourde d’eau.
Lou s’approche de Charles, immobile devant la fenêtre. Elle le connaît assez pour savoir qu’il n’a pas dormi. Ou à peine.
– C’est dans la nuit noire, dit-il, que je mets la peur à mort.
– I know, my love.
Le couvert blanc s’épaissit à vue d’oeil.
Plus tard, ils iront marcher. Plus lentement, mais quand même.
Et le jour tiendra sa promesse.

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Photo : COEUR DE TEMPÊTE – Ce matin * Montréal 2021

Le poids de l’écureuil

Charles regarde le voisin d’en face qui tire lentement ses rideaux. Au même moment, celui d’en bas sort de chez lui, il s’en va travailler peut-être. Il vient d’emménager, il a le pas léger.

Lou s’avance derrière Charles et appuie la tête sur son dos.

– Tout ce temps à se taire, dit-il, dans un film à se dire.

Une femme passe avec son chien. Puis plus rien, on dirait. Un monde mis sur pause.

Les secondes s’écoulent immobiles jusqu’à ce qu’arrive l’écureuil, dans sa vie d’écureuil. Il saute du fil électrique vers la branche de l’érable, qui ploiera sous son poids pour compenser le lourd.

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Photo : POUR LE TRAIT DE SOLEIL – Février 2021 * Montréal

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