Cinquante jours

Sûrement que tout ça est normal, une simple question de miroir, de poitrine qui résonne, après l’éboulement d’un jour et d’un corps. Y a qu’à penser aux bouleaux tendres, aux buses de l’aube. Et à la souche, à cette femme qui fut ma mère, à ses chagrins et ses bonheurs, à sa vie rabotée faite d’instances d’âme, de chemins détournés, de miettes qu’on ramasse à tout rompre.

J’entends des carillons, comme des volées d’oiseaux, des membranes d’eau pure, des montagnes natales. Je sais qu’elle en aurait pris plus. Plus de temps. Qu’elle en voulait encore. Des matins ordinaires où vivre le moment.

Pour ça, on poursuivra l’histoire sans y perdre d’éclat. On dressera des poèmes comme on dresse des tables. On rêvera nos moulins, même si le vent dérape. L’automne arrivera, on fermera les fenêtres et la neige reviendra. On habillera l’angoisse de vivre avec des petits plaisirs, comme autant de colliers d’eau claire. Ou comme des soirs de ouananiches pour les pêcheurs heureux. Le tellurique et l’eau seront déjà bénis. On continuera d’avancer à coups d’âme chercheuse. De force en bois et de mémoires d’entrailles. On restera éprise, c’est ça.

La lassitude passera. Et la terre, même maigre, donnera ce qu’elle a à donner. Parce que c’est ce qu’elle fait de mieux. Pour ça je te dis mon amour ne t’en fais pas, si je suis maintenant orpheline, je sais encore nager. Ma folie sera passagère. Mon éloignement aussi.

Même quand j’ai mal à ma tendresse, l’amour reste ma gloire, mon errance et mon ciel.

Photo : MA MÈRE – Au bord d’un lac du Québec * 1949

13 réponses à Cinquante jours

  1. Quand l’émotion monte à chacun de tes mots, que l’envie de pleurer se réveille car au fond de soi monte cette même vague de chagrins, et d’amour inassouvi ou évanescent, et que la vie s’accroche pour à chaque instant pétrir ses merveilles qui nous laisse le goût subtil de l’être qui regarde, patiemment, avec tendresse toutes nos agitations ou nos lâchetés. Tu me montres que l’essentiel est d’aimer.

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  2. « Je sais encore nager »… C’est aussi ça qu’on nous donne en héritage. Merci Caroline pour ce texte si puissant, intime et pudique tout à la fois…

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  3. Orpheline, les orphelins t’accueillent et ta peine est la leur.
    sauf qu’elle est à toi, rien qu’à toi.
    comme celle de chaque orphelin n’est qu’à lui, rien qu’à elle.
    Et à eux tous, orphelins qu’ils sont, orphelins qu’on est désormais.
    Orphelin qu’on sera, pour les plus chanceux.
    Orphelin que je suis aussi, permets que je partage ta peine.

    amitié et désarroi.
    Jérôme

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  4. L’angoisse de vivre avec comme seul antidote les tendresses données ou reçues, comme seule boussole l’amour qui perdure en brillant comme une étoile… (Pour moi, cette tendresse-là a été perdue il y a 45 X 365 jours et je suis depuis longtemps bien plus âgée qu’elle…) Vos mots me touchent au plus profond! Perles de larmes, rêves de vent, colliers qui volent d’un coeur à l’autre…

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  5. Juste-là, les oiseaux gazouillent,
    Un coucou nous dit bonjour,
    La lumière traverse les rideaux,..
    La journée sera belle,
    Sous le signe de l’amour,
    De l’amitié et de la foliie..
    Juste-là je te lis,
    Au fond de mon lit,
    les yeux humides de tes mots..
    Juste-là j’aimerais que tu y soies,
    Que je te prenne doucement par la main,
    Sur le beau chemin de la tendresse, ma douce amie

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