Cette senteur dans la cour, ce parfum d’après la nuit moite, et comme tous les matins, ce désir de trouver des mots pour parer le silence, crier plus fort la beauté, jusqu’à celle des ruines, sachant que je n’arriverai encore qu’à l’imiter un peu.
Photo : UN BANC POUR LIRE – Juillet 2025 * Montréal
Un immense coup de vent. C’est toujours lui qui s’insinue, au bonheur ou au dam du monde. Il fera chaud. Très chaud encore. Les roses naines n’ont pas duré, celles qui étaient près du balcon. Mais dis-moi tendre capitaine, le corps n’est-il pas un ruisseau au plus clair du ventre et de l’oeil ? Quoi qu’il en soit, le matin où on partira, je me demande combien de gens voudront encore de cette cour, si belle d’être un peu folle. Si ça dépendait du voisin, tout ça disparaîtrait. Parce que l’asphalte le rassure. Le souvenir de sa mère, dit Maude, qui au plus gelant de l’hiver sortait la nuit nue dans la rue. C’est la peine, dit Laure, qui le fait se braquer, les regrets ou la honte. Et Maude est d’accord avec elle. C’est pour ça que rien ne dépasse. Qu’on enlève ce qui le dérange. C’est du temps donné à l’oubli. La fêlure dans la cuve, le rien et le toujours.
Photo : LA RUE, LA FLEUR ET LA PLUIE – Là tout de suite, depuis la fenêtre * Montréal
Je t’entends crier, la corneille. Seule contre le fond de l’air. Est-ce que c’est l’arrêt de mort, les avaries du monde ou ta simple nature ? Vu d’ici, je n’ai pas de manière qui ne vienne de toi. De prière non plus. La substance du verbe occupe de plus en plus de place et sa musique à l’infini. Et la même longue silhouette. Qui me suit comme l’hiver. À chaque heure, c’est pareil. C’est le reste qui change. Les notes qui flottent partout dans l’air. Qui portent le plus beau de nous. Jusqu’au plus chaud de nos silences.
Photo : DANS LE FILM D’UN JOUR – Juillet 2025 * Montréal
Je n’ai pas réfléchi sur l’endroit où j’allais. Et j’ai vu des roses brûlées, flétries par l’intense chaleur. Et combien et pourtant encore belles à mes yeux. J’ai éprouvé, c’est tout. De toute manière, depuis toujours, tout m’apparaît si impossible. La brûlure est un souffle. Dans l’instant déjà loin. Pour ce qui est de l’ange, ses ailes ont perdu en lourdeur. Quand la mort arrache la vie, elle prend aussi l’épuisement.
Photo : LES BEAUX INSTANTS D’ÉTÉ – Juin 2025 * Montréal
On a ri longtemps dans mon rêve. On se racontait des histoires. De chair et de musique. Et ça montait jusqu’à la nuque, jusqu’au visage et à la langue.
Je sors du lit. J’y vais voir le vent dans les feuilles et les entends dire qu’il est chaud. Par le même penchant de mon âme, amoureuse des mots.
Ce matin dans cette grande maison aux fenêtres fermées, au bord de la vitre, une fleur de violette se tend sans refaire le monde.
Il était une fois, il y a de plus en plus longtemps. Une histoire d’oiseaux morts sur trop de jours de suite. Une fente au coeur du tableau. Ne rien vouloir est une rivière. Je pense à Estelle et Alice, assises au troisième rang. À ce qu’elles se disaient peut-être sur les nerfs solaires et le déchirement.
Ce matin comme hier, on laisse entrer l’air frais avant de l’enfermer. Il a bien plu et puis le vent. Il fera chaud dans quelques jours, plus chaud que supportable. Anne dit qu’elle ne se lancera qu’à l’aube et le soir avancé. Ma chair s’en tire mieux, j’irai sentir des roses en plein milieu du jour. Et goûter la brûlure.
Photo : LE CHARME DES FROISSURES – Hier * Montréal
La rivière d’avance. Et derrière mon épaule, les mésanges dans la vigne. Et l’abreuvoir bleu de ma soeur qui ne perd pas une seule seconde. Puis encore le monde. Même si on sait pour la beauté. L’eau qui tremble et ne tremble pas. Et pourtant et quand même. Les stupeurs et silencements. Les vagues qui noyaient déjà, longtemps avant Crésus, le même percentile. En blanches déferlantes.
Le transplanté a belle mine. Il est petit et sans défense, sinon la terre qui le retient. J’en prends bien soin, du moins je pense. Et les ténèbres restent douces à l’ombre du bouleau.
La lumière tremble. L’été se réinvente. Je peux enfin m’assoir dehors pieds nus à écrire.
– J’ai l’instant fatidique, dit Laure. – Tu penses trop, rétorque Maude. Arrête avec tes fables. Y a qu’à s’approcher d’une rose, d’un héron dans la pierre et des cormorans qui s’endorment dans le bers d’une pivoine pour voir que notre intelligence y reste bien superficielle. Pour ne pas dire artificielle.
C’est S qui m’a montré les oisillons au creux des fleurs. Les dessinateurs s’inspirent, même les plus célestes.