Candor

Tu parles d’un fossé, d’un lieu mystique et noir.
Comme quoi les grands arbres font de l’ombre partout.
Il faut pas s’étonner des mares pleines d’algues,
des tristesses, des bonheurs et des peines
qui s’y mêlent.
Les semaines s’écoulent depuis la ressemblance
et t’y trouves encore d’autres images.

Cette candeur qui t’a eue plus d’une fois sur la route.
Fascinant comme les champs nous cachent les bestioles.
Tant les bêtes à sang chaud que les bêtes à sang froid.

Tu veux dire. Mais tu veux qu’on t’oublie, ton existence aussi.
Te glisser près des pierres sans déchirer ta peau.

Elle est mince. Et jalouse, ta peau.
Mais d’elle-même, pas des autres. *


* Those words were a long time coming

Photo : SIMPLE BEAUTY  * Mi-mai – Montréal 2025

Fabulae

   – Avoue, dit Laure, c’est presque rien. C’est juste le passé qui déteint et tout cet oubli à mesure.
   – C’est vrai, dit Maude. Les chansons, les raisons, les amours inventés. Et toutes les affabulations comme celles où tu te glisses dans les jupes de ta mère. Qui ne met que des pantalons.
   – Toi non plus, lance Laure, tu n’es pas celle que tu penses.
   – Je sais, enchaîne Maude. C’est à peine si je me souviens de me cacher sous le balcon et d’écrire dans la ruelle sur le béton armé.

Et sur ce, je pars marcher. Essayer de toucher le temps d’un peu plus près encore. Avant de tomber sec. Comme une vieille branche dans un vieux pommier renfrogné.

Ah, je vous l’ai pas dit. On gèle encore ici.

Photo : LE PHOTOGRAPHE PHOTOGRAPHIÉ * Hier – Montréal

Giron

je m’habille plus facilement
de noir
et plus les années passent
plus on me reproche
mon silence – j’ai glissé où
s’est brisée
la terre
et perdu la manière
de discourir longtemps –
l’aigle a beau se poser
sur ma main
j’ai le pied
hésitant
sur le chemin des
autres –
la lourdeur de mes hanches
peut-être

Photo : L’OR DU SOIR * Mi-mai – Montréal 2025

Insinuare

C’était l’histoire.
Ou quelque chose d’une colline et d’un grand fil noir à glisser
entre les pâleurs et les blancs.

Des arbres aussi.
Que le corps se faufile avant que la nuit ne l’endorme.

On n’a presque rien vu.
À peine le fleuve et les rivières.
À peine l’eau, qui pénètre le fruit.

Tout ce temps à attendre que la beauté
suffise au monde.

Photo : LE PARAPLUIE TORDU * Hier – Montréal

Scrutari

Une fois près de l’eau,
je n’ai plus voulu que m’assoir
et la voir couler.

On est restés là immobiles
pendant un long moment. 

Regarde, tu m’as dit,
la finesse de tes chevilles.

Des bouts d’arbre flottaient.
Puis la lumière a changé.

Il s’est mis à mouiller à siaux.

On a remonté la colline
et lentement repris la route.

Tu es si souvent sans merci.

Peut-être.

Photo : MERULUS * Avant-hier – Montréal

Imaginarius

Le ciel se couvre. Le fond de l’air est chaud et ça continue de monter. Laure rumine.
     – T’en fais pas pour ces morts, dit Maude. Y a rien d’autre à y voir que les aléas du printemps, les appétits et les reflets. Et puis le jour, qu’est-ce que ça veut dire le jour, tous les jours sont les mêmes, non ?
   La moue de Laure. Ça commence à frôler l’angoisse. Maude poursuit.
     – Tout va vite, c’est vrai, et la pensée déforme. Le temps nous manque qui s’en va. 

Le vert des arbres change déjà.
     Si j’ai passé ma vie à fuir, c’était plus fort que moi. On ne sait rien, on imagine. Et le printemps fait ce qu’il fait.

Photo : PROFIL D’ALISE * Mai 2025 – Montréal

Fugire

Ça y est, la cour est arrivée. Je peux enfin m’assoir dehors sans frissonner. Plus près des scies et des marteaux, mais l’air et le soleil compensent.

Je vais au cinéma ce soir. En attendant, je pense à nous encore, tout ce qu’on aime à nous voir croire. La peur est incisive qui grouille et mord à l’intérieur. Du bonbon pour les gros joueurs.

Amour de fuite. Pour échapper au piège de l’enterré d’avance.

Photo : D’UNE RUELLE * Avant-hier – Montréal

Les heures claires

Je léchais la portée et elle vaquait au reste.
Aux grandes fenêtres, par exemple.

Après les perles viennent les cernes. Forcément la poussière.

Le soir sous les réverbères,
on étirait le bras en écartant les doigts.

J’y ai vite convié la chair. Et plus tard, la poésie.

Il pleut des fleurs sur ma ville. Lune de mai.
Je passe du temps dans mes carrés plantés. Et je brûle des lettres.

Photo : LES HAUTS LIEUX DE L’ENFANCE * Mai 2025 – Montréal

Instans (qui serre de près)

Une petite araignée tendre.
Belle comme je la vois, dans la vigne vierge qui débourre.
Qui attend là sans rien attendre. Rien qui n’y soit déjà.
Et les enfants qui jouent. Et les enfants qui dansent.
Je n’aime pas la morale. Je n’aime pas la leçon.
Pas celle qu’on fait ou qu’on reçoit.
J’aimais mon père qui le savait. Ma mère qui ne s’en souciait pas.
Ce qu’on devient à force d’être.
Les arbres devant sont magnifiques. Si hauts par-dessus les maisons.
Les flaques font rebondir la pluie. L’air s’est refroidi un peu.
J’entends des avions dans le ciel.
Chaque jour se verdit. Et mon coeur se gonfle.

Photo : BONHEUR DE PEAU – Mai 2025 * Montréal

Promissa

Le vert prend le dessus, tendresse quand tu me tiens.

Jeudi près du collège, quand j’ai lu le mot glabre sur l’étiquette d’un marronnier, j’ai cru que ça voulait dire triste. Et là, je repense aux promesses. À celles qu’on me faisait quand moi je ne demandais rien. Comme s’il était obligatoire dans la mécanique des jours que les choses mènent quelque part.

En même temps, l’amie a vu. Mon dépareillé de souliers. Ou la mémoire de l’enfance venue taper du pied.

Petit pommier, m’aimeras-tu ? Mais pourquoi pas, qu’il me répond.

Photo : PRINTEMPS COTILLON – Mai 2025 * Montréal

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