Évasures

et ce vague désir qui vient se caler
dans mon dos

pendant ce temps
j’enfouis le soleil depuis l’ombre
et j’enfonce mes doigts dans les grands
trous de mon manteau –
par où passent les oiseaux rouges
ceux qui gagnent toujours à se perdre

ne pas vouloir de ce qu’on pense
ni de ce qui se doit –
plutôt des bouts d’aurore 
à me mettre sous l’âme

Photo : REINQUIER * Juillet 2023 – Laurentides

L’émiettement

S’emballe le piano. Et tout le reste tremble. J’en boirais quelques cales. Pour le seul vertige d’un autre long soul de chaleur.

Et t’as raison. Au jeu d’aimer le flou, je m’enamoure des lignes noires. Des traits de chaos barbouillés sur un béton brûlant. De quoi sortir de mes histoires. M’émietter jusqu’à nue. 

Photo : AU PIED DES RUELLES * Août 2023 – Montréal

Et là le vent

à toi je peux bien dire
le milieu de ma nuit
la chaise en bois de mon grand-père
celle que Denise avait gardée
et le p’tit banc juste à côté
ce bruit de frigo et de coeur
toute la saga de cette maison
trois heures quarante
et je dors pas
ça m’aidait bien, tu sais
que la rivière m’assourdisse
tous ces p’tits gars devenus grands
restés pris dans des cours d’école
et là le vent
ça y est c’est le mois d’août
le temps qui sait pas s’arrêter

Peinture d’Irène Tétaz
Chemin d’une collaboration NOS OISEAUX ATLANTIQUES

La belle dévorance

« De toute façon, je n’ai pas choisi, ça m’est tombé dessus comme ça, et chaque jour ça me donne du souffle. » Mon amie E. qui me parle de sa passion.

Je sais le souffle dont elle parle, ce fruit d’une certaine passion. Quand ma bêtise ou celle du monde devient trop étouffante, dans le fracas du temps perdu ou dans la noirceur qui se moque, plus je la laisse me dévorer, mieux je respire.

Photo : L’INTERSECTION * Août 2023 – Montréal

Ressemblances

Étrange comme elle me ressemble. Je me vois dans ce geste, dans la position de son corps. Ses vêtements, son sac sur l’épaule, son regard mi-inquiet, mi-tranquille. Sa manière d’avancer lentement, en regardant partout et nulle part à la fois. Jusqu’à ce foulard accroché pour parer à trop de fraîcheur.

Ici le soleil brille. Le temps vire, lentement mais sûrement. On n’y échappera pas. Malgré la musique, malgré le ciel, malgré le vent. L’hiver reviendra, c’est ma seule certitude. 

Et c’est vrai pour la ressemblance avec l’homme du journal.

Photo : AU COEUR DES RUELLES * Août 2023 – Montréal

Le premier mur

toujours cette histoire de coeur
ou d’écrire pour respirer
quitte à me répéter cent fois
ou mille
cent mille même
et tout ce temps quand je me bute
c’est toujours au même mur de moi

Photo : PAULINE DANS SA MAISON * Août 2023 – Montréal

Le baiser des roses

la pluie qui tombe à verse
en cognant sur l’asphalte
on pourrait penser la rivière

je pense à toi
ma belle dépareillée
ton coeur en tendres parts
et pour seul tambour

on sait bien que le monde

mais regarde les murs, qu’elle me dit
tous les balcons brisés, et les pattes et les plumes
et d’y vivre
sans écraser les roses

Photo : MA FILLE ET LA SIENNE  * Juillet 2023 – Montréal

Morceau d’éternité

Si je t’écrivais notre histoire, je sais qu’il y aurait dedans le noir et le blanc d’un piano. Les mots chercheraient la musique comme on cherche la moelle.

C’est ça, non? Se rendre où c’est déjà brûlé mais où on se retrouvera. Les mêmes notes qu’on recommence pour les rendre plus belles, comme pour se faire une maison, se mettre une vie sur le dos, quelque chose à porter jusqu’au bout de nos veines.

Et comme ce matin le ciel bleu et le vent froid dessus mes pieds. Ou le mois d’août qui m’ecchymose, mais je t’ai déjà dit tout ça.

En attendant, la belle est morte, nous pas encore, ça nous laisse du temps pour jouer.

Allez, on reprend au refrain mais on la jazz un peu, là où rien jamais ne s’achève.

Photo : DÉJOUER LE TEMPS  * 30 juillet 2023 – Montréal

Ni le petit oiseau

quelque chose a glissé
à s’en fendre la face –
j’y entends les ombres muettes
et les coeurs qui claquent

l’été reste l’été et ses sautes d’humeur

et G qui me manque
c’était dans le tendre facile

la route est longue d’être longue
d’autant qu’elle n’en démord pas

ni le petit oiseau
si léger sur la branche

Photo :  TRANSPARENCE  * Juillet 2023 – Montréal

Et passent les jours

C’est drôle ce rideau accroché. Tu l’as mis là sans m’en parler. Tant mieux, j’me dis.

Je suis allée voir cette maison dont M avait eu vent. Un vieux bâtiment délabré aux parfums piquants et terreux. Je pense que tu supporterais pas. Mais j’ai aussi dit non parce qu’on n’entend pas la rivière.

Tous les matins encore, les mots m’avalent sans que j’y meure. De quoi tuer éperdument ce que le temps me fait.

En attendant, dis-moi, l’oiseau sur la rampe de fer, c’est le même qu’hier, tu crois ?

Photo : AU HASARD DES MONDES  * Juillet 2023 – Montréal

No more posts.