Le fil des saisons

la peau, le sang, la source
dans le mouvement des jours

et l’écorce
qui sans le chercher se forme
et protège – et la sève
qui sans y décider remonte

et les racines qui se déploient
sans vouloir pourtant rien briser

et mon coeur amoureux
de ces feuilles roses qui frémissent
dans l’hiver autrement

belles sur leurs branches
de n’avoir pu tomber

tenues comme nous le sommes
par le fil des saisons


Photo : ENTRE LE FOND ET LA FORME – Diptyque (lieux de ville) * Février 2018

J’ai pris un bout d’écorce

j’ai pris un bout d’écorce
pour que l’arbre me parle encore

et j’ai marché
avec ma main dessus
pour qu’il continue de me dire
ce qui s’oublie si facilement

je cherche toujours les mots
ceux qui nous font du bien
des mots pareils à ces choses qu’on aime
au bruit du vent dans l’arbre
au flocon sur la joue

le reste est incertain


Photo : AU GRÉ DES JOURS – Parc Maisonneuve, hier * 14h36

Au bord d’un fleuve blanc

et puis l’horloge
et les souvenirs
les abris au bord de nos pas

la neige miroite sur ma ville tranquille
et j’ai pensé à lui
son cœur perdu au milieu de la foule

il se rêvait ailleurs
dans le vent d’un matin
au bord d’un fleuve blanc

le temps nous lie et nous sépare

j’aimerais pour un moment
m’y trouver avec lui

Photo : SOUVENANCE – Hier, 16h56, Montréal

Manger les tempêtes

blanche blanche
et si elle était noire

juste de quoi sourire
en amont d’une rivière

et la vie qui ne tient qu’au moment
d’autant plus quand on naît du bon bord

et le temps qui repasse sans y perdre patience
et le vent sans y perdre le souffle

la lumière qui traverse
que je vois mais si peu

un jour on saura mieux
qu’il fallait manger les tempêtes


Photo : GRAFIGNER LE TEMPS ET L’ESPACE – Hier soir, 17h47

La chevauchée des jours

ma si belle errance
et ces matins où je vacille

mon chemin de vertige
ma syllabe claire
je te sais trop maintenant
pour me rêver ailleurs

pour ça je te chevauche
avec le désir et l’espoir
que la neige sait
que le vent porte
que le ciel m’ouvre

dans cette même ville
de cette même fenêtre
dans un coin du monde

ma si belle errance
sans besoin de raison


Photo : CIEL, TOIT, NEIGE, BRANCHES – Là, ce matin, devant chez moi

Fumée et neige noire

il est beau le silence
là que je n’ai rien à te dire
les fenêtres fermées sur le froid
et nos mains qui savent le tendre

l’amour ne se marchande pas
ni le désir d’être là
j’ai jamais su peser les choses
le vent n’est à personne


Photo : ACROSS THE ALLEY – Février 2018, Montréal

Tu es belle

j’insiste à dire que tu es belle
comme un grand soleil qui se lève
sur le bord d’un lac en automne

et si mon cœur se serre un peu
c’est que ça marche comme ça un cœur
ça bat, se serre et se desserre
comme des coups d’aile dans le vent

j’insiste à dire que tu es belle
en espérant que tu m’entends


Photo : LE VENT DANS LE DOS – Janvier 2018, Montréal

Surfer sur les jours

Hier soir, déjà, j’aurais pu savoir.
Avec la lune, et le ciel dégagé comme il l’était.
J’aurais pu savoir que ce matin, il ferait froid comme il fait.

Il y a deux semaines, j’ai fait un rêve.
Je surfais sur une vague, loin de la rive, une grosse vague.
Sur ma gauche en venait une autre, plus grosse encore.
Me faudrait surfer là aussi.

À mon réveil, je me suis demandé.

Puis une vague est venue.

Si c’est vrai qu’il m’arrive parfois
de voir arriver une vague,
une chose est sure, quand elle est là,
j’aspire à m’accrocher au temps
et à danser avec le vent.

Photo : LUNE DE JANVIER – Hier, 17h31, dans le ciel de Montréal

La maison sur le flanc

Sur un flanc de la montagne, il y a cette rangée de maisons qui appartiennent pour la plupart à des gens fortunés. Ou à des héritiers. Ce sont de belles vieilles maisons, qui sont bien entretenues mais qui ne font montre de l’extérieur d’aucun luxe extravagant. Ce qui fait leur valeur, c’est surtout l’endroit où elles se trouvent.

Je les vois souvent ces maisons, puisque c’est le flanc par lequel je monte. Et toujours, elles me font rêver.

Parmi les histoires que je m’invente, il y a celle où je rencontre un jour un vieil homme, un vieux philosophe, avec qui j’échange quelques mots quand nos chemins se croisent sur la montagne. Une amitié se tisse au fil des ans. Puis un jour, j’apprends que l’homme m’a légué sa maison. Qui se trouvait là, sans jamais que je l’aie su, sur ce flanc que j’aime tant.

Ce matin, tandis que le soleil et la glace rendaient le monde étincelant, le toit de cette maison qui serait la sienne, ma préférée d’entre toutes, brillait de toute sa gloire. Le voici, ce toit. Et la maison. Le centre-ville se trouve derrière, au pied de la montagne, mais vous ne le voyez pas.

La montagne était glacée comme je l’ai rarement vue aujourd’hui. Par bonheur, un véhicule à chenilles avait précédé les marcheurs pour réduire en grains la couche de glace et rendre le chemin praticable. De chaque côté, la forêt blanche garde encore son épaisse couche givrée.

Au moment où j’écris ces lignes, le soleil descend tranquillement au-dessus des maisons de l’autre côté de ma rue. La glace qui se trouvait sur les branches et les fils électriques a fondu. La journée a été particulièrement douce et belle.


Photo : LA MAISON DU PHILOSOPHE – Ce matin, sur le flanc sud-est du mont Royal.

Du bord du temps

Il y a toujours cette petite place, là.
De l’autre côté de la porte, du bord du temps.
Avec les arbres et le vent.

Photo :  FIN DE JOUR – Hier, 17h04, Montréal

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