ne change rien
tout changera
de toute manière
et moi je ne demande rien
seulement que tu sois là
Photo : DOUCEMENT LA VIE – Près de chez moi * Décembre 2017, Montréal
vas-y emporte-moi
à travers tes p’tits mots, tes petites chansons
à travers tes p’tits pas, tous plus grands que mon cœur
je me ferai légère, légère et on rira
je me ferai tendresse, tendre et on chantera
et tu diras oh oh, et on s’esclaffera
on sera bien ensemble le temps de ce temps-là
∼
Photo : SE PENCHER SUR LES HEURES – Novembre 2017
dans ta traversée des nuits d’ambre
y en aura plus d’une qui mène
dans le grand lit de cendres
où couve ton désir
∼
Photo : RENTRER À LA BRUNANTE – Dans une rue du Plateau * 16 h 25, le 3 décembre 2017
Simone a un visage tombant, lézardé de rides. Hier, je l’ai vue grimacer après qu’une femme aux lèvres démesurées et aux joues impossibles soit passée devant nous.
– Qu’est-ce qu’il y a, Simone, pourquoi tu grimaces?
– Autant de gaspillage me désole, c’est tout. Quand on pense au temps qu’un visage met à se faire. À toutes ces lignes qui se tracent au fil de tellement de jours. Ça me dépasse qu’on en soit à niveler et standardiser des oeuvres uniques qui prennent des années à s’écrire. Bye bye la belle histoire!
Elle poursuit avec ce sourire d’enfer que je ne connais à personne d’autre.
– Mon visage en dit long, t’es pas d’accord? Regarde ce joli mot à côté de mon oeil, ce lyrisme tordu qui traverse mon front, et ces vagues murmurantes qui déferlent sur mes joues. Si je me faisais refaire la face, non seulement l’histoire deviendrait commune, mais sa suite éventuelle verrait jamais le jour. Plutôt triste, tu penses pas? Ce serait comme arracher les dernières pages d’un grand roman et coller à leur place une fin banale et prévisible.
Sur ce, mon amie se lève et m’embrasse. Quiconque la connaît sait qu’elle part toujours sans crier gare. Et rien que sur une patte.
Bref, tout ça, c’est du Simone tout craché. Et moi, plus je vieillis, plus j’aime Simone.
∼
Photo : SUR LE BANC – Parc Lafontaine, Montréal * Fin novembre 2017
envoie-moi une fausse note
que je l’attrape
j’ai l’habitude
de m’assoir entre mes amours
pour en perdre le sens
et faire tourner le jour
allez vas-y, une fausse note
pour que ça claque doucement
un air tout croche avant l’averse
on se lavera le coeur ensemble
et là, tu vois
le ciel est parfaitement doré
je prendrai tout de cette beauté
qui fait tomber et retomber
en amour over and over
on finira par terre ensemble
juste pour rire
à faire grincer les vieilles portes
et là, tu vois
le ciel devenu rose
et derrière la maison devant
le soleil qui s’en va
∼
Photo : LA BELLE ÉLÉGANCE – Dans l’arrondissement Ville-Marie, Montréal * Fin novembre 2017
ce sera encore pour l’aventure
des noeuds à faire et à défaire
avec toujours
un ciel en réserve
où se noyer un peu
et pour l’ardeur et le désir aussi
avec la faiblesse qui danse
et toute la force qui l’abime
dans la musique que fait l’automne
tu peux venir
je mettrai d’ la soupe à chauffer
je t’aime encore, t’aimerai toujours
malgré nos longs détours
et les chemins qu’on croyait prendre
∼
Photo : LA BELLE ERRANCE – Hier, sur Sherbrooke * Montréal 2017

Quand mon gros deuil du moment est celui d’une saison et que celle qui se pointe est chargée de magie, mon droit de me plaindre prend le bord.
C’était ce matin, devant chez moi. Je venais d’ouvrir le rideau.
Je mentirais si je vous disais que j’attends ce jour-là avec impatience. Ce qui est vrai, par contre, c’est que quand il arrive, j’ai toujours un frisson de plaisir.
∼
Photo : BLANC FONDANT – Par ma fenêtre, ce matin * 19 Novembre 2017
Les jours.
De plus en plus courts.
Et la pluie.
Et les heures aussi.
Qui ne disent rien d’avance.
Sinon que les nuages vont.
Pareil à l’ombre sur l’asphalte à mesure que le soleil bouge.
J’embarque encore, souffle-t-elle.
Pour autant que ça continue.
∼
Photo : MON SAC DE PRÉDILECTION ou LE PARAPLUIE DE TANTE DENISE (autoportrait) – Hier, rue Beaubien * Novembre 2017
un petit espace
tout petit tout petit
entre toi et le silence
un bout de ville
où tes pieds dansent
c’est déjà un pavillon
où y trouver la mer
une peinture
où te bercer
sans trop d’urgence
la ville t’aime
et tu y es belle
vois comme tu y es belle
pour le reste
je ne sais pas
surtout pas l’automne
sinon que je t’aime
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Photo : C’ÉTAIT HIER – Rue Duluth * Novembre 2017, Montréal