La caresse

J’ai marché jusqu’à mon poissonnier, l’âme remplie de neige. Je suis arrivée là les cheveux couverts de blanc. Avec des traces de mascara sous les yeux.

J’en avais fini avec lui, j’avais plus rien à lui donner, du moins c’est ce que je pensais. Mais hier, il m’a sorti le grand jeu. Un baiser magistral, pour pas que je l’oublie. J’étais bien dans ses bras, mieux que depuis des mois. Il a tout fait comme il faut. Une lourdeur moite et résolue, dans un souffle grisant. 

Et ce matin encore, sa neige s’accrochait aux branches.

Photo : LILAS D’HIVER – Ce matin même, derrière chez moi

L’entrebleu

bleu bleu
tu viens, tu fuis
l’instant déballe tout
et l’hiver, lui
continue sa danse
la neige tombe tombe
et c’est heureux qu’elle soit blanche

les flocons sont pesants
gorgés
et le vent, je sais
se réchauffera

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LE GESTE – Mars 2017

Murmure d’hiver

j’avance et me retrouve
inoculée encore
sur une même route
de quiétude et de vent

j’ai dans le sang la liberté
des mémoires d’arbres et de rivières
et des amours à coeur portant

c’est d’elle que j’entends toujours
que j’ai déjà tout
et par elle que j’arrache
devant mes circonstances mondaines
la peur d’échouer ou de perdre

alors c’est elle que je rappelle
elle que je ramène
sur les lieux touchés de mon âme
pour sa lumière balsamique
et ses longs trottoirs dans la neige

Photo :  VOITURES, TROTTOIR ET ESCALIER – Rue d’Iberville / 14 Mars 2017

Bout de ruelle

La ruelle est belle. Avec au bout d’elle, un chien. La fille s’immobilise devant la blancheur et le calme, et laisse couler quelques larmes.

coeur d’hiver et de chardon
et ceux qu’on aime qui s’en vont
et repart la cadence
des jours dans leurs espoirs
bah bah, dit le chien
le monde va, le monde vient
et tombent les flocons
trois petits tours…

Et tandis que la neige lui embrasse les joues, la fille reprend son chemin.

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CHIEN, NEIGE, RUELLE – Montréal, 15 mars 2017

Le beau et l’absurde

dans la tempête, je pensais à toi
à ce vent glacial qui est venu te mordre

de quoi trouver encore une fois
le sens du beau comme de l’absurde

le beau de la neige
et ce qu’elle entraîne de périls

le beau de l’amour
et ce qu’il amène de peine

Photo : NEIGE, VENT, FILLE – 14 mars 2017 / Rue D’Iberville, Montréal

Sur la pente du jour

petit soir tranquille
au coeur du monde
de mon monde
j’ai entendu des larmes tomber
des mots d’amour se dire
et des rires déferler sans savoir
juste pour déferler
comme autant de perles
sur la pente du jour
puis le soir est venu
et j’ai pensé que l’important
le plus important
restait encore l’amour

Photo : NOS ÂMES – Transport en commun / Mars 2017, Montréal

L’éclat de mes amours

la mienne souvent
reste la peur de dire
c’est qu’on m’a bien muselée quand même
déjà d’être une femme

et un cœur emporté – je sais
par un vent d’innocence

aussi c’est vrai que j’ai aimé
et parfois trop, diront certains
à ceux-là je réponds
sans tous mes amours éclatés
je n’aurais été que moins libre

Photo/Quadriptyque : L’ÉCLAT DES JOURS – Mars 2017, Montréal

Sur le fil d’un dimanche

un dimanche où la lumière
m’apparaît plus claire
le monde bouge les choses dansent
et j’ai l’idée que peut-être
je mourrai un jour
je sais, je sais, ne riez pas
ou plutôt, oui, riez surtout
tout va si vite
et sans ralentir jamais

Photo/Diptyque : DANS LES YEUX DE GABY – Mercredi matin

Un certain sourire

je la trouve belle

la photo est vieille
trouvée dans les affaires
d’un vieil oncle qui vient de mourir
et qui a longtemps voyagé

je ne sais pas qui elle est
au verso à la mine
il est écrit mme benier

ni où elle a vécu
un pays chaud sans doute
par le rideau sur la porte

mais je sais que
je la trouve belle

dans ses yeux je vois un sourire
et toute une vie et des tristesses
et si je plonge un peu encore
de l’amour et de la patience

tout ça du moins il me semble

Parce que la lumière

dans le fleuve des jours
la lumière
son impossible absence

et le printemps qui tend
vers ici
lentement

la montagne était de glace
et absolument belle
mais quand même
un p’tit enfer pour le dos
à peser chaque pas
pour ne pas tomber

j’ai marché avec anne
ça faisait longtemps ensemble
c’était avant qu’elle parte au japon

et l’hiver continue
les jours s’allongent
la valse du temps
qui se poursuit
et la lumière encore

il m’arrive de me dire
quel étrange miracle 

Photo/Triptyque :  TOUJOURS LA LUMIÈRE – Hier, entre montagne et plateau

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