Hier soir. Avec Anne.
On marchait dans ce morceau d’air tiède.
Les deux saoulées par lui.
Ça me fait un peu mal, pas toi?
Oui, comme un baiser parfois sur le quai d’une gare.
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Samedi swing
Ça y est.
L’hiver.
Il y aura du ciel.
Et je m’habituerai.
Je l’aimerai même.
Quand je me serai souvenue
du bon du vent
du bon du vent qui me fouette
et me rappelle
le bon du sang dans mes veines.
Et puis y aura toujours les autobus.
Bref, bonjour l’hiver.
Mais t’aurais pu me le dire, hier
j’aurais mis un foulard de plus.
L’hiver de force
Gaby, mon beau Gaby.
Journée difficile, hier.
T’as pas envie d’être là.
Tu y vois la permanence.
Et le reste de tes jours.
Entre les mêmes murs.
Que tu connais pas.
Et ça fait mal, je le sais.
On va laisser un peu de temps passer.
Parce que le temps, souvent, sait y faire.
Surtout si on le mêle à la tendresse.
Faque tiens bon, mon Gaby.
T’es pas tusseul.
Le temps avance
Mon amie Emma m’a demandé à quoi je crois.
On parlait de ma soeur, de sa mort récente.
À tout et à rien, que je lui ai dit.
Et puis j’ai réfléchi.
Je crois au temps qui passe, Emma.
Et à l’immense mystère qu’il constitue.
À l’idée aussi d’affiner mon regard, d’ouvrir plus grands mes yeux.
Et enfin, et plus férocement peut-être,
que là où la finalité n’est pas l’humain mais l’entreprise,
la pensée et le coeur y perdent quelques plumes.
Bercement
L’abandon
Le jour tombait. J’ai cliqué.
Je savais que la noirceur montante empêcherait la précision.
Mais la beauté tient de quelque chose de subtil.
Et ce qui se dégageait d’eux m’inspirait.
J’aime quand quelque chose me rappelle
qu’on ne contrôle, en somme, que si peu de choses.
Et que j’ai raison de m’abandonner à l’instant.
L’absence
Ça y est. D’un coup.
Soixante minutes de moins.
Faut se lever tôt le matin pour compenser la perte.
C’est le moment de l’année, j’avoue,
où mon espoir ressemble au solstice d’hiver.
À ce temps où la lumière remontera doucement.
J’y pense comme au retour de quelqu’un que j’aime.
Je m’y ferai à cette noirceur – comme on se fait à l’absence.
Mais il est cinq heures au moment où j’écris ces lignes.
Et il fait presque noir.
Bonne plongée tout le monde.
Inventions humaines
Par la fenêtre, des fleurs me disent
que le gel n’a pas encore touché ma ville.
Et les feuilles s’accrochent.
Il y a tellement de beau
que j’oublie souvent l’existence
de ces hauts lieux et autres planques
où l’on forge des plans sordides
pour asservir les malheureux et les trop-doux.
La soif de dominer m’est si étrangère.
Il y a tellement mieux à faire avec la vie et le temps
que de fabriquer de la misère.
Comme marcher sur une grande rue le soir tombant
pour aller voir quelqu’un qu’on aime.
S’arrêter en chemin contre un gros arbre pour attraper une image.
Le matin d’après, faire un bol de gruau à une petite fille qui vient de se lever.
Et puis regarder dehors, en se disant qu’on a de la chance.
Brunante
Je suis remontée le lendemain, mais plus tard que d’habitude.
J’ai même flâné passé la brunante, saoulée par l’air humide et tiède.
Plusieurs fois, j’ai pris de longs respirs, habitée par une sorte d’urgence.
La lumière avait beau tomber, mon corps en demandait encore.
Je me suis assise par terre dans les feuilles
et j’ai pris mes genoux comme trépied pour quelques photos.
Je serais restée là des heures.
Dans cet air qui m’enveloppait comme une caresse d’avant l’hiver.
Rose d’hier
Et puis le rose.
Et puis le rouge sanguin sur les feuilles jaune clair,
dans le grand arbre à côté de la maison Smith.
Ça n’en finissait plus d’être beau.
Et ce matin, il pleut.
Ce sera beau encore.
Mais hier était sublime.
Et je m’en rappellerai pour vrai
comme l’une de mes plus belles errances d’automne.









