Regards

Je l’ai vue de loin.
Elle est restée là immobile
pendant plusieurs minutes
devant cet être majestueux.
Les yeux levés, tandis que son âme s’inclinait.

En passant près d’elle,
j’ai lancé « il est beau, hein? »
Elle a tourné son visage vers moi
et m’a dit « magnifique ».
Le mot n’a jamais sonné aussi vrai à mes oreilles.
C’était avant-hier, sur la montagne.

J’ai poursuivi mon chemin.

carolinedufourinclautre3c3Sur le mont Royal, décembre 2013

Le même géant

Un bel arbre, en hiver.
Un géant.
Le même que celui d’il y a quelques mois,
mais dans la saison qui commence.
Il ne bronche pas.
Qui sait, peut-être même qu’il se réjouit.
Un temps de repos, qu’il pense.
Pour me refaire des forces.
Me remplir de cette autre lumière.
C’est beau la neige.
C’était une bonne idée de la faire blanche.

carolinedufourgeant3 1000Quelque part dans Villeray, le 9 décembre 2013

L’histoire qu’on (se) raconte

J’ai choisi une belle histoire.
De regarder ma vie comme une fleur unique.
Belle et incapable d’être autrement que ce qu’elle est.
Sans doute, comme cet ami qui m’a écrit hier,
suis-je une rêveuse de large.
J’appartiens peut-être à cette espèce pour qui
l’adulation ou la plus grande richesse
ne saurait être présage de l’horizon convoité.
Cette espèce qui avance sans pavillon,
vers quelque part, sans trop savoir où,
sinon que ce quelque part ressemble
plus que toute autre chose
à l’amour et la liberté.

carolinedufour-reveurdelargesigLE BEAU RÊVEUR (Pour JL) – Viaduc Masson, Montréal, le 5 décembre 2013

Étages humains

L’idée qu’on puisse être comme ça,
si près les uns des autres,
à vivre des vies si différentes.

Empilés, les uns par-dessus les autres.
Endormis, les uns au-dessus des autres.
Ouf, sortez-moi d’là, j’étouffe rien qu’à y penser.
Et pourtant.

J’imagine qu’on est ce qu’on pourrait appeler une belle espèce grégaire.
Capable d’au moins une certaine proximité. D’un certain amour.
Sinon, on s’entretuerait, c’est sûr.

Méchant contrat tout de même. La vie en étages, j’veux dire.

carolinedufourentredeuxEN MONTANT L’ESCALIER – Montréal, le 5 décembre 2013

Ma ville, encore ma ville, toujours ma ville

Aussi folle soit-elle, je l’aime cette ville.
Pour sa complexité, son intensité.
Elle me fait vibrer. Fait vibrer mon âme.
Je n’ai qu’à mettre le pied dehors
pour trouver matière à extase.
Plus ou moins grande selon le temps,
mais tant que j’en veux, toujours.
Les couleurs. À la tonne.
Les contrastes. Irrésistibles après la pluie.
Et tout ce monde à voir, personne de pareil.
Et puis ces lignes. Qui partent dans toutes les directions.
J’en deviens fébrile parfois, tellement elle m’électrise.
Cette ville.
Petit bonheur, merci.
Hé oui.

carolinedufourSTCATH2-2Rue Ste-Catherine, le 3 décembre au soir.

Espoir perdu et retrouvé

C’était vendredi dernier.
Je venais d’accompagner ma soeur jusque chez elle
et je rentrais tranquillement chez moi.
La semaine m’avait servi quelques journées humides
où j’avais bronché en raidissant le corps.
Mais là, l’air était parfait.
Glacial, mais sec. Pour moi, le froid sublime.
Celui dans lequel je ressens le plus grand plaisir.

Bref, c’est ce soir-là, coin St-Michel et Laurier,
que j’ai vu remonter l’espoir que l’hiver sera bon.
Que mon âme y trouvera son compte.
Je l’égare un peu chaque année cet espoir.
Et encore plus quand l’été s’est sauvé trop vite.

carolinedufoursoirdhiverCP2rog4L’HIVER EST LÀ – Sur une belle avenue de Rosemont, le 29 novembre 2013.

Neige et parapluies

La première neige sur la ville.
Y a toujours une certaine fébrilité dans l’air.
Qu’on soit né ici ou pas.
Ceux qui arrivent d’ailleurs doivent vivre un rêve.
Du moins, c’est ce que je vivrais, j’en suis sûre.
Si je n’avais jamais connu ça.

Celle-ci était mouillée.
Tellement qu’elle invitait les parapluies.
C’est beau la neige et les parapluies ensemble.

carolinedufourNParcorPREMIER SOIR DE NEIGE – 27 novembre 2013, Montréal

Le plus subtil

L’odeur des feuilles, des peaux,
des écorces, de la terre qui gèle.
Là encore, j’y mettrais bien une vie.

Ce matin, le nez contre son dos,
je me suis dit que si un jour je meurs,
les odeurs dans leur forme subtile me manqueront
et feront partie de ces choses qui m’auront trop souvent,
tant pis pour moi, passé sous le nez.

Mais bon, c’est seulement si un jour je meurs.

carolinedufourodeur3cBELLES D’AUTOMNE – 2013

Nourritures terrestres

La montagne est un peu délaissée à ce temps-ci de l’année.
N’y viennent plus que les sportifs, et les très amoureux comme moi.
Et quelques touristes aussi.

Les arbres nus, la ville surgit plus souvent entre les branches.
Le sol est abrié d’un grand tapis rose orange. Et d’une boue.
Rien ne craque plus sous les pieds. Le travail nourricier est déjà commencé.
Et la lumière est belle.

Après mon moment parmi les arbres,
il arrive que je pique vers le centre-ville.
Quand j’y ai un certain rendez-vous, le mardi.
En quelques pas, je passe de la montagne à la foule.
Je ressens toujours une sorte d’excitation quand j’arrive en bas.
Là où m’attend une autre forêt, une autre extase.
Qui regorge, elle aussi, de promesses et d’espoirs.

carolinedufourcycrogppcarolinedufourcampus3ENTRE MONTAGNE ET VILLE (diptyque) – Montréal, le 19 novembre 2013

Trench-coat et pleine de grâce

Ils sortent souvent, tous les jours je dirais.
Prennent le temps, toujours, de se mettre beaux.
D’apparaître aux yeux du monde dans toute leur noblesse.
Ils sont très vieux. Je devine près de quatre-vingt-dix.
Les deux ont un beau regard. Bon et sans aigreur.
Elle lui tient le bras, toujours.
Ils marchent lentement. Plus que vous ne l’imaginez.
Prennent le temps qui leur reste.
Et continuent de jouer le jeu de la vie.
Et ce faisant, ils m’inspirent. Même si d’eux, je ne sais que ça.
Parce que la noblesse est belle.
Et sur fond de vieillesse, elle le devient encore plus.

carolinedufourVIECOUP7C’était avant-hier, tout près de chez moi.

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