Traversée

je naviguais déjà dans ce billet hier
quand j’ai trouvé devant chez moi
un journal intime échappé
quelques pages seulement, un journal naissant
des rêves charnels, des inquiétudes, le regard des autres
et même jusqu’à la soif du père
un cahier comme j’en ai eu tant
un journal d’un temps de rivière

jusqu’au ruisseau pour le trouver
tendre l’oreille aux bruits de l’eau
entre les massifs de pipeaux
et tous ces souffles qu’on semence
pour inspirer la peur du large
et du doux soleil de l’errance
encore après sur la rivière
avancer sur l’humeur des jours
ramer dur et ramer fort
devant tous les brisants du monde
et puis à voile sur le grand fleuve
vers l’estuaire
chanter pour tout le ciel autour
et sur la mer
la voix qui glisse vers l’azur
encore une chanson d’amour

ÉCLAT DE RUBIS - Campus McGill  / Bord de la rivière l'Assomption, septembre 2015 en deux temps

ÉCLAT DE RUBIS – Campus McGill / Bord de la rivière l’Assomption, septembre 2015 en deux temps

Tant qu’il y aura la beauté

Hier, au marché
une âme bohème
vendait des poèmes
« poems made-to-order » disait sa petite affiche
j’en ai commandé un
il voulait quelques mots, un souffle
j’ai dit autumn, uncertainty, the beauty of uncertainty
et avec juste ce qu’il fallait de promesse dans le regard
il m’a dit « give me fifteen or twenty minutes »
je me suis assise au soleil et j’ai regardé vivre le monde
quand j’ai récupéré mon poème contre la somme demandée
je lui ai dit que j’attendrais d’être chez moi pour le lire
« have a beautiful evening » he very gently said
« you too »
je l’ai lu en marchant, c’est tout moi de ne pas attendre
il est beau son poème, un peu triste mais beau
surtout les derniers vers
entrecousus qu’ils sont de douceur et d’espérance

. BLEUS  ou  LE TEMPS D'UN POÈME D'IVAN KLIPSTEIN Dimanche, au marché Jean-Talon

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BLEUS ou LE TEMPS D’UN POÈME D’IVAN KLIPSTEIN
Dimanche, au marché Jean-Talon

L’espace devant

L’automne s’en vient, c’est assez certain.
Pour le reste, je cultive l’ouverture et la souplesse.
Dans le temps.

LE CHAMP DE L'INCERTITUDE Il y a 2 jours, dans le parc des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles , à Ste-Béatrix

LE CHAMP DE L’INCERTITUDE
Il y a 2 jours, dans le parc des Chutes Monte-à-Peine-et-des-Dalles, à Ste-Béatrix

Euphories

je revenais d’aller voir Gaby
on suivait le même trottoir
agitée, désorganisée dans ses mouvements
elle zigzaguait mais c’était pas l’alcool
elle bougeait vite et par saccades
sûrement la meth ou une cousine
mais voilà que dans la lumière
jusqu’à sa fumée d’cigarette
tout exaltait la poésie
à m’enivrer, j’avoue
partout y a moi et mes images
non mais quand même son sautillement
pareil à celui d’une enfant
je l’aurais prise dans mes bras, bercée si elle avait voulu
j’la voyais à la fois perdue et belle comme l’automne
et dans son visage quand elle a traversé la rue
à la dernière minute
sa tendre jeunesse
et le hagard et le dur

L'ÉCLATEMENT DES JOURS Hier, en remontant du bas de la ville

L’ÉCLATEMENT DES JOURS
Hier, en remontant du bas de la ville

Matin de saison

il faisait chaud hier
et ce matin
j’ai ouvert la porte sans m’y attendre
je le savais pourtant
la radio l’a dit toute la semaine
samedi sera la dernière

ça y est, l’air est d’automne
douze degrés d’moins du jour au lendemain… brrr…
mais ça me va, je sais qu’il me sera bon le vent froid

et je m’souviendrai de l’été
comme d’un été de grands changements
bourré d’amour, d’ici et d’ailleurs

là maintenant, devant chez moi
ces grands rayons qui raient l’asphalte
et tout ce soleil sur les arbres
j’vais aller voir Gaby, ça fait trop de jours
je pense à lui et je sais qu’il pense à moi
c’est dimanche après tout
et la marche sera belle

bonjour l’automne

LA MATIÈRE DU MONDE Ce matin, en face de chez moi

LA MATIÈRE DU MONDE
Ce matin, en face de chez moi

Au sortir de la vague

parce que je sens
que mes mots ne sauront
que si peu ou bien mal
refléter l’émotion
qui a touché mon âme
et qu’aussi je sais
qu’attirés qu’ils sont
par la lame de fond
ils pourraient s’éloigner du coeur
et aller se perdre en eau trouble
je tente la voie du silence
et celle aussi de la confiance
en la tendresse et les grands vents

L' AVANCÉE Hier, au pied du mont Royal

L’ AVANCÉE
Hier, au pied du mont Royal

La belle intruse

on arrive du marché
avec des bleuets, des fraises encore
des maïs et des pâtissons
ici, maintenant, c’est l’apogée de l’abondance

jamais je n’ai eu hâte à l’automne, c’est vrai
mais j’aime l’automne
je l’aime comme on aime quelqu’un à qui on ne pense jamais
et qui s’pointe chez vous un matin sans invitation
avec un bon vent dans les mains, de la lumière dans les cheveux
et un sourire qui vous embrule l’âme
bien sûr que vous le laissez entrer
non mais sans blague, comment ne pas aimer l’automne
seulement il m’annonce le froid et tous ces vêtements sur le dos
et pour ça, je lui reste un peu rebelle, comme je le reste à l’hiver

ah mes saisons de tiraille
avec vos grands et lourds sabots
et votre immense force d’éveil

l’été est trop court à mon goût
mais quand même jusqu’au bout de moi
j’aime qu’il y ait les saisons

LUMIÈRE D'ENCRE Sur le mont Royal, septembre 2015

LUMIÈRE D’ENCRE
Sur le mont Royal, septembre 2015

Des oiseaux et des hommes

on a entendu des bernaches
tôt ce matin près d’la maison
elles redescendent vers le sud
c’est le moment de la saison

puis on a entendu des hommes
et on s’est dit qu’ils étaient fous
vénaux ou faciles à berner
pour continuer à tant vouloir
de ces choses qui n’ont rien à voir
avec l’amour et la beauté

on joue fort pour nous émouvoir
et nous rendre aveugles et perfides
dans la finance et ses couloirs
je nous trouve bêtes et sordides

on a vu voler des bernaches
toutes dans la même direction
elles remonteront vers le nord
quand sera venue la saison

LUI QUI ALLAIT SEUL Sur le mont Royal, septembre 2015

LUI QUI ALLAIT SEUL
Sur le mont Royal, septembre 2015

Nos bôzoublis de soi

d’un bord on se dit tout sur des murs et des dalles
et de l’autre on se perd de détours en dédales

je nous aime les humains
dans nos lieux les plus bruts
nos poses les moins léchées
nos beaux oublis de soi

et je nous trouve beaux
quand nos corps s’abandonnent
et que nos coeurs se donnent

ce doit être pour ça
que j’aime tant et toujours
les vieux et les beaux fous
et les-ceuze-dans-la-marge
qui-n’attendent-rien-de-vous

car au fond, faut s’le dire
en rire ou en délire
qu’y a-t-il d’autre à perdre
que la vie et l’amour

LÀ OÙ TANGUENT LES JOURS  Montréal, fin août 2015

LÀ OÙ TANGUENT LES JOURS
Montréal, fin août 2015

La tortue rigole

Vous pleuriez?
Eh bien! riez maintenant…

Sa façon trouvée d’être heureuse était de l’être.
En dépit des dissonances.
Et malgré toutes les raisons qu’on lui offrait pour ne pas l’être.
Car, pensait-elle, avec autant de théâtres de douleur et d’effroi
s’il faut qu’au jeu du bonheur, je ne me prête pas
le risque est colossal que je ne le sois pas.
Et c’est ainsi qu’elle s’ingéniait sur les planches de chaque jour
à tailler un regard où exultait l’amour.
Et à en rire, évidemment.

QU'ON SE LE DISE Plateau, Montréal 2015

QU’ON SE LE DISE
Plateau, Montréal 2015

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