La voix qui glisse. La tienne d’abord. Et puis la sienne, sur son piano. Comme une rivière. On parle à peine, sans trop savoir. La vie qui s’invente sans nous. Et les fleurs jaunes dans le carré avant. Sur fond d’asphalte et de traits de soleil.
Tu dis qu’il y fallait le livre et qu’on l’a pas trouvé. Qu’on y cherchait une ressemblance avec les dévêtus.
Ça pourrait faire un argument pour le corps immobile.
Mais te voilà encore, de plain-pied avec l’aube, à attendre la résurgence. D’une rivière peut-être, comme un repère pour l’oiseau qui repart.
Car quoi qu’on fasse, dis-tu, tout ça restera implicite. Une suite de pleins ciels à prendre ou à laisser. Comme le silence, et les méandres. Et la lumière tendre.
On a marché longtemps, jusqu’au coeur de l’ouvrage. Il ne nous restait plus qu’à rentrer.
Il y avait la nuit, l’amour à profusion, et toutes ces années à embrasser la pluie. Et le temps, oui, le temps. Le temps long comme on l’aime.
On est restés dehors pour écouter le vent. Sous ton pied délivré, dans le consentement, le soir nous a montré d’où y prendre le monde. L’appareil était là, à moitié sous les cendres.
Tout avait été dit. Ça restait une histoire de beauté, et de regard encore.
Photo : AMOUR DE PLUIE – Montréal * Septembre 2022
Tu dis que tes nuits sont trop blanches et la part du bleu trop pressée d’y enlacer le saule. Que c’est le bout d’hiver passé loin de la bousculade, de l’incendie, et du même escalier brisé. Ça se voit par les coudes en feu, est-ce qu’il faut vraiment que j’insiste?
Et là, ce matin de ciel clair. L’orangé qui s’avance sur les portes et la brique. La main dorée, dirait la tendre.
Sur la variation qui s’en vient, on peut faire comme on fait toujours. Demande ton café noir avec une crème à côté. On se fera une histoire d’âmes. De ciel d’automne et de rivières.
Photo : UNE NOUVELLE JOURNÉE POSSIBLE – Montréal * Septembre 2022
le long des lignes sur l’asphalte ou ailleurs – le fleuve et le mouvement de l’eau pour me souvenir
et là le saxophone, un homme beau notes de grâce
ce pourrait être une autre ville et le désir serait le même une note longue – et comme la sienne ton âme peut-être
l’enfant est endormi, sa chair pénétrée vent de dislocation – le monde se rassure
l’espace de la course et d’un certain silence éviter le dur et l’amer
et dans la patience des fleurs des mots attrapés au hasard si tu lisais ce que je n’écris pas
c’est nos mondes à des lieux le mien ce matin est d’asphalte et de soleil au pied – toutes ces choses que je tais ma mère avant moi le faisait
j’ai une pensée de mer et d’un piano blanc sur le sable
L’odeur et le bruit du papier. Ce que tu sais un peu, sans rien du temps qu’il reste. De l’homme dans l’allée qui pousse un chariot noir en direction des étagères.
Mais tu y penses. Au grand froid qui t’a laissée faire. Et à ces mots qui t’aident à vivre. Avec rien à nommer. Ni l’urgence alentour. Ni tout ce qu’elle entraîne.
C’est d’y entendre le piano. Et la rivière, avec tout son pesant de boue. Et la plume indolente d’un certain silence.
Et là, l’orage. En attendant, il s’y passe des heures, et c’est pas seulement le piano. Quelque chose comme des os d’éther. Et le même cheval blanc. Un bain d’émail brisé. Et des fissures à réparer. Parce que le temps y fait. Les gouttes aussi. Nos rivières sont immenses. Et tu les longes en y voulant. Ce qui coule et dévale.
Photo : SUR LA BEAUTÉ DES JOURS – Laurentides * Été 2022