Je m’arrête de moins en moins
à la pensée du temps qui file.
Parce que mon vertige
est chaque fois plus grand
que la fois d’avant.
Et puis j’ai jamais trop aimé la vitesse.
Mais bon, ça c’est une autre histoire.
Aujourd’hui la pluie.
Après le vent chaud d’hier.
La journée avait commencé pour moi
dans cet autre vent de mes lundis matin.
Cette semaine, c’en était un de vieillesse et d’accablement,
de douleur et de frustration plus grandes que d’habitude.
De gratitude aussi, car elle y est toujours celle-là.
D’une fois à l’autre, Gaby est gentil.
Peut-être devine-t-il que je supporterais mal le contraire.
Jamais il ne se met en colère contre moi.
Contre la vie parfois, c’est certain.
Celle qui lui sape ses moyens.
Il a pleuré hier. Rare.
Il est fatigué. Il me l’a dit.
Après ma visite chez lui,
j’ai goûté à ce vent chaud,
mon premier de l’année sur la montagne.
Celui qui me grise infiniment.
Rien de moins.
La perfection.
Pour Marie-C.
La neige sale finira de fondre.
Les rues et les ruelles seront nettoyées
de tout l’enfoui de l’hiver.
On s’en sortira, tu sais.
La laideur que tu as vue
disparaitra
et laissera la place
au vert tendre des feuilles
aux fenêtres entrouvertes
aux voix qu’on entend des maisons
aux petits carrés de fleurs bien soignés
aux attroupements sur les coins de rue
au vent chaud qui enivre
et à ces tonnes de coeurs battants
qui se jetteront sur le temps doux
sachant qu’encore et comme toujours
il partira trop vite.
Et si dans ta ville souffle un bon vent de mer,
ici dans la mienne, malgré la poussière,
crois-moi, Marie, on s’en sortira. 

LA PLUIE BIEN VENUE (triptyque) – Le 8 avril 2014 sur Montréal
c’est vrai madame votre chapeau
est à la mode et plutôt beau
mais que se passe-t-il en dessous
tout ça restera entre nous
petits désirs qui vous rongent
petites envies, petits mensonges
et on se réveille un matin
mêlant caprices et besoins
et puis on veut toujours plus fort
peur de la vie ou de la mort
vous parlez de nécessités
je pense que vous exagérez
je sais madame votre chapeau
est parfait avec ce manteau
mais qu’est-ce qui se cache en dessous
courou courou courou coucou
Mon premier est humain.
Mon second est arbre.
J’aime les seconds.
Et la plupart des premiers.
Avec un fort penchant pour ceux
qui ne se prennent pas pour mieux que les seconds.
La neige était mouillée jeudi.
Il nous fallait garder les yeux sur le chemin
pour ne pas plonger le pied dans une sloche trop profonde.
Mon amie n’avait pas les bottes qu’il fallait.
Elle débarquait d’Europe, et n’avait pas mesuré la danse du temps.
Belles, ses bottes, mais pas les bonnes.
On s’est rencontré au pied, et elle m’a dit let’s do it anyway.
Moi, j’en avais mis des vieilles, trop lourdes, en gros caoutchouc épais.
Je sais, je procrastine, je n’ai pas encore remplacé mes autres.
Mais l’air, oh l’air! tellement il était bon.
crée neige avec ton manège
v’là un autre matin
entre blanc et brun beige
dans les rues d’un printemps
qui la joue en arpèges
sans plaquer d’accord
do froid ré chaud mi tiède fa sec
sol humide la mouillé si mes pieds
et qui jazz en mettant
sur tout plein de temps faibles
tout plein de contretemps
et ton dos Rémi?
t’es encore tout transi
et y a ma soeur aussi
c’est elle
qui retournait chez elle
après un temps heureux
sur une histoire à deux
elle et moi on joue ensemble
avec les mots
comme sur un grand piano
hier samedi
une autre neige
une vraie
malgré qu’elle était belle
comme une jeune première
m’abandonner à elle
après l’air chaud de jeudi
où j’ai jubilé
et cru voir s’éclipser le froid
moi si fin prête
mon corps dansait la légèreté retrouvée
mais voilà que l’hiver n’a pas fini sa chanson
j’ai revêtu mon attirail
et j’ai tendu l’oreille
une dernière fois…?
hier ne m’a donné de choix
qu’entre morose et blanc de neige
À QUOI TU PENSES, CORNEILLE? – Sur le mont Royal, 22 mars 2014
Au soleil qui tapisse notre amour bord en bord
même si souvent le vent nous est contraire.
la pluie sur ma ville
et sur la glace fondante
un matin d’un hiver
qui n’en finit plus d’être hiver
et mes hivers?
et mes froidures à moi?
il va sans dire, que je me dis
le temps a le droit lui aussi
en attendant – oui, le printemps
je jouerai de stratège
en buvant ce qu’il y a de lumière
et pourquoi pas
je lèverai même mon verre
à l’errance d’une saison
qui sans chercher d’excuse
n’aura fait qu’être libre
de n’être que l’hiver
et rien d’autre
La confiance, c’est la bonté des autres qui me la donne,
ainsi que la beauté de la nature. (Christian Bobin)
Moi, paisible?
Ça dépend.
Oui monsieur, avant toute chose.
En colère?
Ça m’arrive.
La complaisance, la trop grande.
Bien, moi, au milieu des arbres?
Sans équivoque, monsieur.
Pour tout vous dire, la ville
sans la montagne et l’homme que j’aime
je l’aurais peut-être quittée.
Or, ma nature étant ce qu’elle est
tant qu’à y être et y rester
je prends où elle donne à aimer.