Quatre temps sur un banc

Un autre jour comme les autres.
Et pourtant pas.
La rivière des heures m’emporte.
J’allais vers la montagne
et j’ai bifurqué vers la foule.
J’ai eu envie de nos destins effrénés (je suppose).
Poser mes yeux sur la folie. Au lieu du vent et des arbres.
Va savoir pourquoi. Moi qui pourtant.

Un banc. Et le vent quand même.

*

Un jour on sait
qu’une goutte n’est jamais qu’une goutte.
Mais oh! la douce extase
how sweet the extasy
que celle de n’avoir rien à perdre
sous le soleil de mai.

*

En regardant les autres
je cherche le silence.
Mais quel silence?
Celui derrière le bruit?
Au fond de moi?
Universel?
Celui de la poésie surtout.
Le plus beau et le plus fuyant.

Je reviendrai peut-être
m’assoir sur ce même banc.
Sur le trottoir.
Devant le cafetier.

*

Et je suis allée voir Cécile.
Cécile qui n’y est plus vraiment.
Laissée seule le long d’un mur.
Le monde peut être dur à voir.

 

 


Photo : LA PART DU JOUR * Mai 2018, Montréal

Caressement

là, en ce moment
franchement
je ne veux rien
franchement rien
ni ne veux
rien vouloir
que le jour
et le caressement des
feuilles dans l’air
le bruit des pas
et du vent
ceux qu’on n’entend
pas l’hiver
le beau grisant
du printemps

Photo : EXPOSÉE * Montréal, début mai 2018

Rouge pluie

Le corps est un moule qui informe l’âme. JOSEPH JOUBERT

Je n’insisterai pas. Le temps passe comme il passe et le mystère reste entier. On ne l’effleure jamais que du bout de l’âme, un jour à la fois.


Photo : JOUR DE MAI * Montréal 2018

Sublime boréale

La glace que l’eau fissure.
Et la brume enveloppée de soleil.
La rivière qui déferle. L’épervière qui appelle.
Et nos pas dans la neige profonde.

Je te l’ai dit déjà, mais nulle part ne m’a été aussi beau qu’ici.
C’est moi, peut-être. Et nous, sans doute.
Reste que j’y mourrais plus doucement qu’ailleurs. Ça, je sais.

Et ces plaques blanches sur les rochers, qui se fendent et qui glissent.
Tout va se fondre, dans le lac et la terre.

Et le ciel et les cimes. Et mon coeur qui prend tout.

Photo : PRINTEMPS BORÉAL * Lac Kénogami – 1 mai 2018

Bruine

j’ai marché plus lentement hier
le manteau ouvert dans la bruine

j’étais grisée par la tiédeur de l’air
et l’odeur de poussière qui montait du trottoir

et ce matin par la fenêtre
les bourgeons rouge vin dans l’érable
qui font comme à leur habitude
au premier versant du printemps

par chance que la beauté entache
au moins autant que la laideur

pendant qu’encore on cherchera
le coeur de l’autre
partout
entre le noir et le blanc

Photo : DANS LA DOUCEUR MONTANTE – Montréal * 25 avril 2018

Le réchauffement

Ah! te voilà qui reviens, après un long vent de grisaille.
Beau que tu es, comme tout l’espoir du monde.

En attendant la suite,
je garderai la nuit pour y poser mon âme
et le jour pour y sourire au reste.

Photo : LE RETOUR DU DOUX * Sur le Plateau, 21 avril 2018

Nos carnets verrouillés

Il y a nos silences.
Ceux-là des fleurs qui poussent dans des jardins souillés.
Et il y a nos guerres.

Mon esprit débridé comme un beau cheval fou m’a fait te parler d’elle.
Après je n’ai plus su si j’aurais dû ou pas.

Et ce matin, je pense aux mots qu’on n’ose pas.
Aux carnets verrouillés de nos peines humaines.
Alors qu’on naît d’un même souffle de douleur et d’extase.

Photo : AVANT D’Y ALLER * Hier, dans le Mile End

Quelques larmes avant la suite

Quelques larmes avant la suite, comme
un poème pour sortir du tunnel. La nuit
te dira ce qu’elle a à te dire. Elle te
parlera de l’eau peut-être, ou de toi
qui en manques. Des mains de l’autre,
à la source. Celle du cœur, pour qu’il
s’ouvre. Et des mots, comme un chemin
où marcher doucement. Sans trop de bruit.
Juste assez fort pour que les murs
te renvoient un écho.

Photo : MATINALE * 11 avril 2018 * Dans l’arrondissement Ville-Marie

Quand je dis toi, je dis moi

quand je dis toi, je dis moi
sinon je suis sans existence
le coeur sans la terre
le ciel sans la mer
on n’imagine pas le monde
sans tempête

un désert gris sans rien
d’autre que lui-même

et si je tremble encore
c’est parce que je ne sais
rien faire
mieux qu’aimer

le reste est ma blessure
mon lot de circonstances
pour en être
le temps d’une vie

Photo : L’ILE AU BOUT DE MA LENTILLE * 5 avril 2018 * Lac des Deux Montagnes, vu de l’autoroute 40

Notes et nimbus

pour A.

je laisse aller les choses
c’était long, qu’il me dit
il faut nos âmes coulantes
pour que la peine passe

celle que j’aime s’est perdue
il y a bien des années déjà
entre notre lit et l’oubli
nos grands jardins se sont défaits
comme un tissu qui ne tient plus
elle a oublié les accords
même ceux-là qu’on jouait ensemble
au fond, dit-il
c’est la musique qui décide

mais là tu vois, je n’ai plus peur
le temps a passé tant de fois
que je ne lui résiste plus
ça n’a jamais servi à rien
la lumière passe à travers tout
du plus petit à l’immense

et puis je m’éteindrai, dit-il
comme ce nimbus qui se meurt
la vie se repeindra d’elle-même
dans son grand ciel mystère
parce qu’on n’est jamais que soi
pareils aux notes et aux nuages
et de moi comme d’elle
il ne reste déjà
que l’écho
et un long filet blanc

Photo : RUELLE DE FIN D’HIVER * 6 avril 2018 * Rosemont – Petite Patrie

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