La douce déchirure

il faut pour ça bien sûr
que l’érable devant
soit vidé de ses feuilles

je parle du moment du jour
où le soleil
soudain à hauteur de mes yeux
ne me laisse plus voir mon écran
et où je deviens déchirée
entre l’éblouissement
et le rideau fermé

Photo : UNE FENÊTRE SUR DEHORS * Novembre 2018, Montréal

La part du jour

j’y suis, se dit-elle, comme on est au creux d’un bois
sur un lopin de terre à se vivre

et je pousse la folie, le désir, ou l’amour
jusqu’à croire que rien

n’est jamais perdu, que chaque route, chaque lieu
chaque danse, contient

une histoire à se lire


Photo : BOUT DE PORTE * Montréal 2018

De feuilles et d’âmes

les feuilles agglutinées
par toutes les pluies d’octobre
ce matin emportées
séparées par le vent

si tout ce temps nos âmes
se cherchent l’une l’autre
et se repoussent autant
c’est qu’on existe encore

Photo : SOUS UN SOLEIL DE NOVEMBRE * Montréal 2018

Le temps d’assez longtemps

C’est juste une pluie passagère. Tout l’est. Celle-là dure depuis longtemps, tu dis. Je sais, mais rappelle-toi, c’était hier, le soleil sur ton dos. C’est difficile, tu dis. Alors reste tout près, colle-toi à moi. Le temps d’assez longtemps que je m’en souvienne pour toi.

Photo : NOVEMBRE * Montréal 2018

Partout et toujours

je me trouvais, juste là
dans le jardin de mon amie
mon amie Anne
aussi fort que je suis ici

c’était il y a dix ans
et pourtant
dans l’instant, j’y étais
penchée sur la terre avec elle

le temps, la belle chose vive

Photo : MATIÈRES DE NOVEMBRE * Montréal 2018

Après tant d’errance

Le temps n’a pas cassé l’arbre de mes vingt ans.
Si c’est ça l’innocence, je préfère la garder.


Photo : RUE BEAUBIEN * 29 octobre 2018, Montréal

Petits bonheurs

quand elles seront sèches
les feuilles mouillées par la pluie
seront emportées par le vent

sauf s’il neige entretemps

et moi en attendant
sur un miroir à vivre
je cherche encore les mots

ceux-là qui diront tout
de moi, de nous

et ça même si je sais
qu’inéluctablement
je ne trouverai toujours

ou jamais pour la rime

bref

que je ne trouverai
qu’un éclat, une trace
une image fugace

_

Photo : COEUR DE SARCELLE * Octobre 2018, Montréal

Danser le monde

sublime lueur qui me tire du lit
ta liberté sera la mienne comme celle de l’érable en avant
ta liberté et le temps pour y danser le monde

Photo : EN PASSANT PAR L’AUTOMNE * Dans le Champ des Possibles, avant-hier.

Et voilà que l’automne

il fallait bien que le temps passe
sinon il n’y en aurait pas eu
un peu aussi que la vie flanche
sinon je n’en aurais rien vu

et voilà que l’automne se penche
pour y laisser venir l’hiver
et moi qui ne demande pas plus
que d’en être et n’en parlons plus

Photo : RUE DE LA ROCHE * Hier, dans mon quartier

Continuum d’octobre

Ils étaient partis plus tard qu’ils ne le voulaient.
Mais la route avait été belle.
Avec de la neige dans les hauteurs de la réserve faunique.
Et là, le feu crépitait dans le petit poêle.
La cabane se réchaufferait vite, elle le savait.
En attendant, elle irait faire quelques pas sur la grève.
Le vent, plus froid que la dernière fois.
Le lac, le même, mais pas.
Pareil pour le ciel.

Les yeux sur la montagne d’en face, elle voit la buse qui tournoie au-dessus des arbres dorés. Plus tard le même jour, elle verra le huard, au loin, glissant sur l’eau dans son manteau d’hiver. Puis au fil des heures, à partir du jour du milieu, elle sentira le temps qui s’accélère.

on s’est fait un banc avec du bois de grève
et trois rondins de peuplier faux-tremble
un banc pour s’assoir près de feu

plus le départ approche
plus les heures me sont courtes

Photo : UN GRAND HÉRON, LA NUIT * Au bord du lac Kénogami – Octobre 2018

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