T’es quand même bien ici? que j’lui demande.
Tu t’habitues? Ils sont fins avec toi?
Pas de troub’, qu’y me répond.
Il est 18 h.
M’a me coucher, qu’y me dit.
Bye mon Gaby, que j’réponds.
Pis je recule vers la porte.
Clic.
Pis en revenant chez nous
je r’pense à un ailleurs
avec des enfants qui dansent
pis des vieux qui se bercent.
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Pas mon jouet
Parfois, je crierais.
Devant certains départs.
Comme un enfant à qui on arrache
un jouet. Ou le coeur.
Mais je ne crierai pas.
La vie des autres n’est pas mon jouet.
Mon coeur, ça, je sais pas.
Comme parfois l’amour
Faut croire que j’y tenais.
À cette image du soleil couchant.
Et pourtant, on pourrait se demander.
Si ça valait le coup…
Les doigts gelés
je remettais mes mitaines
et j’avançais tête baissée
avec et contre le vent
vers l’ouverture
(trafiquée toujours)
dans la clôture du CP.
Mais la neige avait neigé.
Et le plancher était plus haut.
Ou le tuyau de métal plus bas.
Bref, mauvais calcul.
J’ai levé la tête au mauvais moment.
Et bang, mon nez.
Dur. Fort. De plein fouet.
Tout ça pour ça.
Sans vraiment de regrets.
Pulsion
Cinq semaines après ma conception
un premier boum boum.
Sans qu’on sache d’où ni comment.
Aucun déclencheur apparent.
Là, c’est cent mille fois par jour.
Trente-sept millions de fois par année.
Boum boum.
Je n’ai de certitude que le mystère.
Et un peu aussi peut-être, celle des coeurs tendres.
La saveur d’un dimanche
Je suis partie, dans les grands vents.
Sur la montagne.
Trop de jours s’étaient écoulés sans une vraie marche.
Debout à la fenêtre, devant la bourrasque,
j’ai eu un instant d’hésitation.
Puis j’ai senti monter l’excitation.
À l’idée de braver la tempête, de la prendre de front,
avec tout ce qu’elle est.
Je me suis habillée pour bien goûter mon plaisir.
Et j’ai eu ce que je voulais.
Et plus tard, pour souper, deux amies que j’adore.
J’en prendrais plein des jours comme ça.
Qui goûtent fort le vent et l’amitié.
Sommeil d’hiver
Un film comme il s’en fait peu.
Je pourrais parler des images. Du rythme, bien sûr.
De l’intériorité humaine et de l’immensité naturelle.
Mais j’aime mieux citer le faiseur.
Le fossé entre le rythme de la vie moderne
et mon propre univers m’oblige à trouver une issue.
J’ai envie de résister au rythme du monde extérieur
et de lui imposer mon propre rythme.
Je comprends, Monsieur Ceylan.
Ode au cinglant
Le ressenti était de moins trente-cinq.
En allant porter quelque chose à ma mère ce midi,
j’ai vu des enfants qui fonçaient tête baissée vers la ruelle
pour aller dîner à la maison.
J’anticipe toujours un peu l’hiver.
Son froid parfois brutal. Comme aujourd’hui.
Et chaque hiver pourtant, je redécouvre
combien j’aime quand le froid me fouette le visage.
En voyant ces enfants tout à l’heure,
je me suis souvenue des vents de mon enfance.
Et que j’aimais déjà les bourrasques et les grands froids
à l’époque de ma petite école et des diners à la maison.
Je me suis vue traverser la voie ferrée, dans l’est de Montréal,
seule avec moi-même et la furie du vent.
Et je me suis rappelé que sa force sur ma joue m’enivrait déjà
en m’emmenant quelque part qui ressemblait à la liberté.









