Amour de chemin

tous ces mots
où chercher le silence

comme des heures à rouler
jusqu’à devenir la route

mon amour de
chemin

loin des fracassements
de moi et du monde

Photo : GRANGE – Mai 2021 * Petite Nation

Banalités

il m’arrive
quand je lave un verre à vin
de repenser à Fred
ce barman de l’O’kaïna
rue Damrémont
à Paris
un certain hiver

je le revois
qui lève l’objet vers la lumière
et frotte
pour le faire briller

son plaisir évident
dans ce geste banal

·


Photo : NOIR FEUTRÉ * Dimanche – Petite Nation

Avaler l’horizon

déjà d’y sentir l’autre
même loin

après
y a le jour qui vient
et son ciel qui change

s’en arranger pour là

comme hier sur la chaise
un pied sur le garde-fou
à avaler l’horizon

Photo : AMOUR CALCAIRE – Dans le jardin

Fragments

J’écris avant tout pour me libérer, desserrer quelque chose qui tend chaque jour à se serrer. Et je trouve sous mes pas par une sorte de miracle des fragments de beauté à la traîne. Jusque dans le noir à l’état de charbon, des éclats calcinés.

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Photo : FENÊTRE – Hier, rue St-Viateur – Montréal

La musique restée belle

La note s’étire et plie. Sur ton café qui coule.
Le jour se prête, c’est ce qu’on dit.

Les roses sont ouvertes à moitié. Tu te souviens de leur parfum.
C’était l’année dernière. Et elle est loin déjà.

Et tout ce temps, la musique restée belle.
Mille rumeurs aussi, comme celles de l’oiseau et du vent.

Photo : L’ARBRE ARGENTÉ – Hier – Montréal

Corps de saule

La langue, ou la terre, calcinée, devenue noire. Végétale. Jamais vraiment souillée, mais sa nature délaissée. Ce qu’on rêvait d’aimer, enfoui dessous des champs d’argile.

Et une veine qui se fend. Des chaînes qui éclatent sur les échos d’avant. Sur le mur de l’exil, une ombre se dépose. Tout près de l’oiseau tendre.

et la main qui oublie
pour la main qui se donne

si c’était ça, dit-elle, l’absence de ça
qui vous disloque
toi et ton corps de saule?

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Photo : UN MUR VÊTU – Montréal * Mai 2021

Le tourne-lettres

une ferme apparaît tout à coup
en transparence au bout du champ

un tourne-lettres, lui dit-elle
pourquoi pas, pense-t-il

s’il devait apparaître un filet de lumière
ils trouveront bien quoi faire avec

en attendant on crie un nom
elle se demande si c’est le sien

assise dans la cour
j’ai vu que le vent pouvait tout effacer
alors j’ai pensé efface hier la dispute surtout

ça fait de la place pour le reste

le lilas entre autres, et l’amour aussi


Photo : COULURES – Hier – Montréal

Petit bonheur de pluie

la pluie cogne fort sur le métal
et assourdit le bruit
comme dans la chambre de mon enfance

n’empêche j’ai mal à mon silence – quand
je devine qu’il te dérange

vois-y ma faim
mon désir d’errance
certainement l’endroit d’où je viens
un jardin saturé de cris
où déjà je rêvais
de marcher seule dans le temps
tranquille parmi le monde

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Photo : VENDREDI SUR LA ROUTE – Dans la Petite Nation

L’odeur de la pluie

en arrière-plan, la nuit
l’autre précieux d’un monde fou
la même histoire qu’on répète
et le même ciel en toile de fond

ça pourrait être ce jour-là
le même sourire tendre
un piano qui se donne
pour une musique à mourir

dans l’exigu du temps qui passe
et la pluie qui sent bon
l’amour qui cherche une façon
on y sera ensemble

Photo : PRINTEMPS DE VELOURS – Hier – Montréal

Chapeau gris

j’ai beau vouloir en rire
en faire un poème drôle
l’en est pas moins que Mam O’Rose
m’a cousu un chapeau

c’est un grand chapeau gris
fait pour les jours de pluie

le problème, vous voyez
c’est qu’ par les temps qui courent
je l’ai toujours, même sous le soleil

dites-moi Mam O’Rose
pourquoi il me colle à la tête
votre grand chapeau gris?

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Photo : BELLA – Mai 2021 – Montréal

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