La nuit nue

Un immense coup de vent. C’est toujours lui qui s’insinue, au bonheur ou au dam du monde. Il fera chaud. Très chaud encore. Les roses naines n’ont pas duré, celles qui étaient près du balcon. Mais dis-moi tendre capitaine, le corps n’est-il pas un ruisseau au plus clair du ventre et de l’oeil ?
Quoi qu’il en soit, le matin où on partira, je me demande combien de gens voudront encore de cette cour, si belle d’être un peu folle. Si ça dépendait du voisin, tout ça disparaîtrait. Parce que l’asphalte le rassure. Le souvenir de sa mère, dit Maude, qui au plus gelant de l’hiver sortait la nuit nue dans la rue. C’est la peine, dit Laure, qui le fait se braquer, les regrets ou la honte. Et Maude est d’accord avec elle. C’est pour ça que rien ne dépasse. Qu’on enlève ce qui le dérange. C’est du temps donné à l’oubli. La fêlure dans la cuve, le rien et le toujours. 

Photo : LA RUE, LA FLEUR ET LA PLUIE – Là tout de suite, depuis la fenêtre * Montréal

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