La rue est à moitié neige, à moitié pluie. Les choses passent, chacune à leur manière. Le ciel est blanc, les arbres nus, et mon cœur penche vers la saison qui vient. Comme vers un amant trop longtemps parti.
Et les mots qui s’y mettent et m’échappent eux aussi. C’est normal, que je me dis. Ils aiment pas qu’on les mette en laisse les mots. Pas ceux qui me font rêver.
Je les aime sauvages, les mots. J’aime penser qu’ils ne se laissent pas caresser par n’importe qui. Qu’il faut les apprivoiser. Qu’ils sont furtifs et suspicieux. J’aime les savoir libres et bohèmes, les mots. Capables d’autant d’amour que d’humeur, d’autant de vent que de mer.
Je cours un peu ces jours-ci. Après eux comme après moi, sans doute. C’est la fin de l’hiver. Et puis Gaby, qui en arrache. Et d’autres gens que j’aime.
Mais quelle que soit la raison de leur fuite, que ce soit moi ou l’instant du monde, je continue de les aimer. Et de les vouloir libres et sauvages.

ENTRE NEIGE ET PLUIE – 27 mars 2017, Montréal






