Y a eu Paris pendant quelques mois.
Et une jolie ville en Colombie-Britannique.
Et d’autres ailleurs aussi, plus ou moins longtemps.
Mais toujours ce même port à l’intérieur de moi.
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Émersion
Elle a surgi dans les derniers jours. Et voilà qu’elle me parle de moi, de ces boucliers que j’ai forgés au fil des ans et que la candeur m’empêche parfois d’élever à temps. C’est qu’il en faut bien quelques-uns dans ce bas monde.
Quand elle m’en aura dit assez ma peine, elle baissera la voix. Mais elle restera là, pas trop loin, à portée d’âme. Et grand bien m’en fasse. Car il me semble que sans elle, qui veille comme elle peut au grain de ma vie, sans elle, je n’aurais pas de coeur.
De béton et d’âmes

Malgré son immense folie, j’aime cette faune humaine et bétonnière.
Cet essoufflement des âmes vers l’inconnu.
Et c’est souvent quand je marche, mon p’tit canon à la main,
que cette effervescence prend un sens pour moi.
Pouvoir la regarder de l’extérieur, la voir sans trop être vue.
Et tout ça sur fond d’arbres, quel luxe quand même.
Juillet est presque là.
Il fait trop gris encore. Et trop froid pour parler d’été.
Mais Montréal, elle, est toujours aussi tranquille.
Ressac
La belle attente
Il y a l’autre attente aussi. Celle que j’aime.
Celle qui m’est presque un plaisir assuré.
Quand j’attends quelqu’un dans un lieu public,
je m’impatiente rarement.
J’arrive d’ailleurs souvent tôt à mes rendez-vous
parce que je préfère de beaucoup attendre
que sentir qu’on m’attend.
Ces moments-là d’attente, dis-je,
sont un peu pour moi comme des moments volés au temps.
Des moments où je n’ai de choix que de ne rien faire.
Où je peux paresser à souhait,
laisser mon esprit se poser où il veut,
et regarder battre le coeur du monde.
Un peu comme Gaby, je crois,
quand on va ensemble au centre-ville.
C’est lui, l’autre jour.
Je l’ai laissé seul un temps, au milieu de la foule,
pour aller régler des questions d’impôt.
Et je l’ai regardé, de loin, qui regardait le monde.
Comme je sais qu’il l’a fait des milliers de fois dans sa vie.
Un jour peut-être, je vous raconterai l’histoire de Gaby.
La ville s’endormait…
J’aime Jacques Brel. Difficile de ne pas l’aimer.
Ils en ont fait jouer ce matin à la radio.
Mais c’est pas de ça que je voulais parler.
En fait, je voulais parler de rien vraiment.
Seulement vous montrer la ville et la montagne,
ensemble dans une autre beauté.
C’était hier soir.
On a marché jusqu’au belvédère, mon amie Nathalie et moi.
À l’heure bleue. Et sous la lune presque pleine.
Quelle belle façon de passer la soirée du solstice, qu’elle m’a dit.
En effet, quelle belle façon.
La confiance
Un temps dans la vie d’une amie, à peu près comme elle me l’a raconté.
Le jour où elle y mit le pied,
Julie ne soupçonnait pas le pouvoir écrasant de la chose.
Elle agissait comme elle l’avait toujours fait :
en toute liberté, sans crainte de perdre ni espoir de gagner.
Mais les murs ne mirent que quelques mois à s’élever plus haut que sa tête.
Elle en perdit le sommeil, et une grande part de sa joie.
Et tandis que l’amour demeurait son ultime ambition,
elle mit plus d’elle-même à s’occuper de lui qu’à chercher la sortie.
Jusqu’au jour où, à force de temps, elle la trouva enfin.
Parce qu’on finit toujours par trouver, me dit-elle, non?
L’usure des murs
Ballant et remous
Je l’ai attrapée au vol hier, à la radio je crois.
Elle m’a trotté dans la tête jusqu’à ce matin.
Mon lundi Gaby derrière moi, voilà qu’elle me revient à l’esprit.
Je ne me souviens plus de la forme exacte qu’avait cette phrase.
Seulement qu’elle parlait de l’équilibre entre s’accrocher et lâcher prise.
Une sorte de cliché, sans doute.
Mais qui prenait tout à coup un nouveau sens pour moi.
La vie bouge. Et moi aussi. J’aime.
L’attente
De vrais rayons fusent enfin sur le plancher de la cuisine.
Je vais commencer à me laisser y croire peut-être.
Depuis quelques semaines,
je jongle avec mes espoirs d’un bel été.
Je me vois mater mes attentes, les réfréner, les ignorer.
Je n’aime pas vivre dans l’attente.
J’ai toujours le sentiment d’y perdre mon temps.
Mais trop de nuages, trop de temps gris, et parfois ça y est.
Je me mets à vouloir autre chose, à rêver d’autre chose.
Ce doit être la nature humaine.
Du moins, la mienne.









