Les franges dans la neige

carolinedufourclaluet les franges dans la neige
t’y penses parfois
à tout ce bleu qui s’abandonne

on jette quoi, dis-moi, comme autant de vieux souliers

d’autant plus qu’on n’invente rien, on ne fait que le voir
comme là, le soleil sur la rue et les effets du temps

et les branches qui balancent, les as-tu jamais entendues
te dire la peur d’être oubliées ou d’être bafouées
quand le vent les y joue
elles dansent elles tombent elles meurent
et puis

et puis c’est tout

on jette quoi, dis-moi, comme autant de vieux souliers

Photo :  CLAIRE DE LA LUNE – Février 2017, Montréal

Nappe blanche

nappé de blanc
tout l’est
sauf pour quelques traces beiges
dans la rue
les pneus, leur saleté
un vieil homme passe
les yeux devant et l’air tranquille
le ciel est couvert
et la lumière spectaculaire
je serai bien sur la montagne
enfouie dans le blanc des arbres

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FEMME, NEIGE, ARBRE – Devant chez moi, à l’instant

Dans l’aube échappée

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d’or turquoise et d’argent rose
je les vois qui tombent du ciel en petits monceaux clairs
et l’hiver qui se déploie comme un océan blanc
parsemé d’aquarelles et de soleils levants

et rien
qui n’y fait grand-chose
que les astres d’eux-mêmes mais encore
et dans l’aube échappée des refrains que l’on ose
j’attrape sur leur trace
des morceaux de bonheur

Photo : L’ATELIER- Février 2017, Montréal

Le coeur d’un hiver

mon âme errante
revient toujours
elle émerge quelque part
entre deux matins
juste là, je l’ai vue
à travers la lumière orange
dans une mêlure de neige sale
et de soleil

il a plu cette nuit
et y a la glace qui fond
c’était moins vingt hier midi
quand même

j’m’en viens te trimballer mon âme
dans les eaux du coeur d’un hiver
j’ai fait réparer mes bottines
on est parées pour des rivières

Photo : LA VIE EN ROSE OU À PEU PRÈS – Février 2017, rue St-Viateur

Ne sois pas triste, Joséphine

petit matin doré et bleu
ma ville est belle dans sa blancheur
la souffleuse tasse ce qu’il faut
faut bien que passent les autos

v’là une fille les oreilles à l’air
le soleil sur son beau visage
c’est sûr qu’y fait moins froid qu’hier

pis la p’tite voix se fraye un chemin
allez, les fous font pas l’printemps
l’amour peut vivre en attendant
ne sois pas triste, joséphine
le monde se cherche une mine

plus tard je traverserai la ville
j’irai voir gaby et cécile

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TOUT DOUX LE VENT – Montréal 2017

Le vent souffle

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j’entends le vent qui s’agite
ou serait-ce nos âmes

du sous-sol du monde, une émergence
un terreau d’espérance

dans mon propre ventre
et mon propre regard
j’ai senti la poussée d’un autre paradigme

une brume qui se dissipe
un horizon qui s’ouvre
sur ce qu’il reste à faire

des gestes pour nourrir
et des mots comme des roses

Photo : DEUX FILLES, UN CAFÉ – Janvier 2017

L’impossible neige

le monde est un miracle
la neige un impossible et pourtant je la vois

tout est resté en place
ici rien n’a bougé
mais ça t’arrive à toi
alors ça m’arrive à moi

c’est comme ça
nos pas qui se mêlent jusqu’à l’art d’aimer

vivre libres et ensemble
dans le désir que les choses soient belles

le monde est un miracle
où tout est possible

Photo : UN HOMME, UNE VILLE – 30 Janvier 2017

Elle est là

comment rester lucide
sans me sentir complice
le matin
la nuit
au creux de mes parures
quand j’entends moi aussi
les cris

pour un peu que je la regarde
elle est là, ma déchirure

et je n’ai que le courage
de m’acharner sur la beauté

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AU FIL DES JOURS – Janvier 2017

Présence

cette danse
d’entre les paroles et le grain
la couleur qui pardonne
et l’accord qui reste
quand même
entre la beauté et le monde

tout ce qui se donne
pour qu’on sache comment

la lumière sur la neige
comme un espoir

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ÉBLOUISSANCE – Montréal 2017

Les impossibles heureux

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même si l’impossible verse aussi dans le sombre
et ces temps-ci, on dirait, plus fort que dans le clair
je m’accroche à mon refus
de donner à l’amer

si j’ai souvent le souffle court
et le coeur qui se serre devant le fou et l’irascible
je vivrai pas désespérée
dans une prison de fiel

Photo : FEMME, CHIEN, ARBRES, NEIGE – Hier, rue de Bernières, Ville de Québec

* La tuerie à Québec est survenue hier, presque au moment où je publiais ce texte. Mes mots ne font pas le poids ce matin. Je les laisse quand même pour ce qu’ils portent de vérité. Avec tout mon amour à ceux qui souffrent. 

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