Dessus le matin tendre

Les rideaux pour la nuit, la fontaine pour l’eau.
Et le sens qu’on cherche, et pour rien si ça se trouve.
Si tu veux l’overdose, elle est là.
Ailleurs, il y a les saisons.

Il s’est habillé lentement. Parce que la lenteur lui ressemble. Elle, sa mère, lui taira encore le confus. Ce monde sens dessus dessous qui ne sait pas trop où il va. Et c’est ainsi, dessus le matin tendre, qu’ils prennent le chemin de l’école. À pied dans la saison. Viens là, mon hirondelle, qu’on suive les oiseaux. On fera comme le bateau bleu en amont de la vague, on se coulera au vent avec ou sans visage et d’un même coup d’aile, avec rien à offrir que le beau de l’envol. Le temps s’est réchauffé. Les manteaux sont ouverts. En entendant la cloche, il s’élance vers la cour. Je viendrai te chercher. À plus tard, mon amour.

PHOTO : ON VOYAIT PARTOUT DES OISEAUX – Montréal – Mars 2022

Un matin et sa suite

c’est entre toi et moi
à l’enseigne des heures

un matin et sa suite 

depuis nos sangs et nos rivières
y voir l’histoire à naître
 et s’en faire une saison tendre

le ciel est plutôt gris
mais tout y est quand même

le temps ne départage
que l’envers des coeurs

ne me reste qu’à laisser le jour
me dire où le trouver

PHOTO : MES RUES DE BOHÈME – Montréal – Mars 2022

Le doute

De son dos fatigué, il retient la montagne. Le gravier sous ses pieds.
Toujours le sang qui lie. Qui défait, coule et se dessèche. Et l’âme qui met bas. Une écorce, une terre, une racine en attente.
– Le cheval tremble, dit Théa.
On le voit qui hésite, au bord de la clairière. Il est redevenu sauvage.
– Tu y crois, me dit-elle, à cette poudre de neige? Et à l’argile souterraine qui monte à nos visages jusque dans les plis de nos yeux?
– Je ne sais pas, Théa. Mais je pense que le doute est amoureux du vent. Et que comme la belle d’errance, il en éprouve les douces brises autant que les tourmentes.

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PHOTO : AU BOUT D’UN BEAU CHEMIN – Petite Nation – Mars 2022

Réfractions

C’est la nuit, mais la neige, dit Théa. 

Une manière comme une autre de parer aux trous noirs. Elle sait bien que là-bas, tout s’étale comme une ombre dans le sens du non-sens. Et la folie de dire et de taire.

La chambre est petite, mais Théa s’y trouve bien. Elle y brasse l’espace, promène les couleurs, aligne ce qui lui semble louche. Et dessine un tabou en tatou sur les heures. Ou le contraire peut-être. Regarde la couleur de la neige, me dit-elle. Plus bleue que le bleu de tes yeux.

Je garderai d’ici les images les plus belles du ciel et de la neige et de tous ces oiseaux. Et des cerfs qui traversent la rivière à gué.

Les despotes sont aveugles à la beauté du monde.

PHOTO : LA CARESSE DU CIEL – Petite Nation – Mars 2022

Les ailleurs plus tendres

J’suis pas une batailleuse, j’aime pas les prises de tête. Il fut un temps peut-être. Mais je suis devenue une pro de la fuite. Et s’il faut que je meure sans avoir démêlé un quiproquo entre le ciel et moi, je saurai vivre avec. Un mystère de plus ou de moins, c’est rien.

Plus jeune, j’aurais fait des pieds et des mains pour dégager les branches, arrêter les bourrasques, et calmer les tempêtes. Mais il semble qu’avec le temps, devant les turbulences humaines, j’en sois venue plutôt à m’abriter derrière les mots et les amours, dans quelque coin tranquille.

Ça n’a rien de l’indifférence, c’est une question de vents. Et d’ailleurs plus tendres.

Photo : MAISON SOUS L’ASTRE EN HIVER – Petite Nation – Mars 2022

La belle imprudence

Avec les doigts et sans rien d’autre,
on aura déjà un endroit où aller.
Dans la neige. Ou le sable en dessous.

On jouera la nuit noire qui n’y fait qu’à sa nuit.
Pour le sens d’elle qui met au monde. En y mourant de peu.

Je sais qu’il fera chaud sur les matins qui montent.
Et qu’on ira là-bas où on s’aimait déjà.

Le sang glacial même s’abîme –
jusqu’en crevasses dans la brume d’hiver.

Il fallait bien une certaine imprudence
pour y faire se croiser des dizaines d’oiseaux.

Photo : LE SOULÈVEMENT – Petite Nation – Février 2022

Bleu de neige

Je ne sais pas vivre
autrement.
J’ai beau dessiner
sur chaque heure,
une part de moi reste
inconsolée.
Je fuis le jeu, comme on
fuit une guerre.
Je me gave de lumière, de
cerfs, de brume matinale.
De ce bleu de la neige quand
l’ombre s’en éprend.
Le monde est saturé
d’inconscience.
Et sa grande beauté me
chante aussi sa peine.

Photo : POUR LES GESTES PRÉCIS – Petite Nation – Février 2022

Mais les oiseaux

Par le vert-de-gris de la neige
sur le bassin gelé,
je sais que le temps est plus doux.
Oxyde de chrome, que D. m’a dit.

Me revoilà dans la tempête
à courtiser les muses,
cherchant dans l’écorce du pin
le creux où mon corps lui ressemble.
Je n’y suis pas. Ou à moitié, dis-tu.
Mais les oiseaux, et je respire.

Tout ça est sous la peau, je sais.
Les zones cuirassées. La nuit qui me rattrape.

Je suis faite de nous par milliers de morceaux.
Comme celui où j’avance dans la beauté du jour.

Photo : UNE PENSÉE POUR K – Petite Nation – Février 2022

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