Oups, Gaby

Mon mononque, mon beau Gaby.
Toi et moi, on aura eu cinq ans de lundis.

Lundi dernier.
Je suis arrivée comme d’habitude vers onze heures.
T’étais au lit. Amoché. Trop pour continuer ainsi.
C’est fini, que tu m’as dit, en regardant ton corps.
Et l’ambulance. Et l’hôpital.

On verra maintenant pour la suite.
Un autre lieu.
Où y aura de la tendresse, j’espère.

BROCANTE - Août 2014, Montréal

BROCANTE – Août 2014, Montréal

Vie de galet

Ce matin, en déjeunant,
je lisais dans Le cri des oiseaux fous, de Dany Laferrière,
La terre nous produit, la vie nous polit
puis elle nous rend à la terre.

J’aime l’envisager de cette manière.
Comme une pierre, du début à la fin.
Le reste relevant d’idées humaines
auxquelles je suis libre de me prêter ou pas.
En attendant d’être rendue à la terre.
De toute manière.

LE PLAISIR - Marché Jean-Talon, Août 2014

LE PLAISIR – Marché Jean-Talon, Août 2014

Vers l’avant

à travers mes larmes ∼ des filets de regrets
pour le si peu de temps passé ensemble au fil des ans

je sais maintenant que tu imprimais les mots que je t’envoyais
tu les gardais dans un tiroir même quand c’était seulement je t’aime

je t’aime ma soeur
et oui c’est vrai j’ai des regrets
si tabous soient-ils dans le monde d’aujourd’hui
pour tout le temps qu’ils nous font perdre – n’est-ce pas

sans m’y noyer je l’écrirai un peu quand même
je voudrais qu’on ait mieux goûté la tendresse

DANS L'AUTOBUS - Juillet 2014, Montréal

DANS L’AUTOBUS – Juillet 2014, Montréal

Je n’irai plus

Ta manière d’aimer, de faire savoir à ceux qui t’entouraient
combien la gentillesse, la patience et la tendresse
sont des choses qui font du bien.

Me faudra faire avec.
Malgré tout ce qui m’échappe, tout ce qui me révolte,
me faudra faire avec.

Douze jours.
Quand je ferme les yeux, je revois ton visage.
Et ton acceptation infinie de moi.
Tu m’aimais, comme j’étais.

Ma joie se fait furtive.
Mais je la guette et la capture ici et là.
Pour toi. Et moi.
À travers le mouvant de ma peine.

LA ROUTE - Juillet 2014, sur le Plateau, Montréal

LA ROUTE – Juillet 2014, sur le Plateau, Montréal

En attendant le bus

Il faisait extrêmement chaud.
Après avoir vérifié l’horaire,
je me suis assise au parc pour attendre le bus.

Lui dormait, de l’autre côté de la fontaine.
J’trouvais sa présence belle, malgré ou à cause de sa gueule.
Au moment de partir,
je me suis souvenue du bout de pizza
aux légumes grillés, miam,
qui me restait du resto.
J’suis allée lui demander s’il en voulait.
Il a ouvert un oeil, sans bouger.
J’ai dit quelque chose sur son collier hawaïen.
Il m’a souri et m’a dit :
« Tu m’as pris pour un sans-abri? »

Ben là.

SIESTE - Au parc des Faubourgs, Montréal, Juillet 2014

SIESTE – Au parc des Faubourgs, Montréal, Juillet 2014

Jour d’orage

J’aime ce matin d’orage.
Comme une libération longtemps attendue.

Et ce vent. Qui caresse mon avant-bras.

J’irai encore la voir, parce qu’ainsi va la vie.
Ici dans ma ville, c’est plutôt le corps qui décide du moment où l’on meurt.

Si on me demandait de la décrire, je dirais qu’elle dit peu.
Qu’elle regarde et qu’elle voit, sans condamner.
Et qu’elle possède par-dessus tout l’art du pardon.

HIER - Au bord du canal Lachine, Montréal, 22 juillet 2014

HIER – Au bord du canal Lachine, Montréal, 22 juillet 2014

Un samedi matin sur la terre

L’été passera trop vite à mon goût, c’est toujours comme ça.
Il finira et j’aurai du mal à le voir partir.
Et cette année, ma soeur aussi.

Si seulement on n’avait pas la mauvaise habitude
d’oublier si souvent combien la vie est belle. Et éphémère.
Si seulement, une fois qu’on l’a senti, qu’on l’a compris,
on ne l’oubliait plus.
Or, il semble que l’humain est ainsi fait
que la grâce qui parfois le touche
lui échappe souvent comme elle était venue.

Les saisons de l’âme, peut-être.
Ou sinon, l’art encore trop clandestin de cultiver la grâce.

RUELLE DU MILE-END - Juin 2014, Montréal

RUELLE DU MILE-END – Juin 2014, Montréal

Les hautes herbes

Quand nous étions petites, dans l’est de Montréal,
il y avait de grands champs juste à côté de la maison.
Bourrés de hautes herbes, comme celui-ci.
Pendant quelques années, jusqu’à ce qu’il s’y construise des blocs,
on y a joué, mes soeurs et moi.

Il pleut ce matin. Et elle dort. Paisiblement, on dirait.
C’était un grand pont à traverser, hier.

Les plus forts ne sont pas toujours ceux qu’on pense.
On juge. On méprise même parfois.
Les moins ambitieux. Les moins tapageurs.
Ceux qu’on considère comme moins intelligents que soi.
Ceux qui aiment sans prétention.
Qui donnent sans attendre en retour.
Et qui prennent ce qu’on leur donne, sans plus, avec humilité.
Et vlan!

Ton sac à dos est lourd, je sais.
Donne-m’en un peu, j’ai de la place dans le mien.
Toute cette souffrance qui te tombe dessus.
Et ton courage, je sais pas si je l’aurais.

ENSEMBLE DANS LA FRICHE -  Champ des possibles, Montréal, 12 juin 2014

ENSEMBLE DANS LA FRICHE – Champ des possibles, Montréal, 12 juin 2014

L’apaisement

un beau mardi de printemps
où Coeur, à tâtons, cherche la mesure
le chemin à prendre
dans les méandres d’une histoire humaine
une histoire banale à l’échelle du monde
mais pas à l’échelle d’une vie

on y arrivera, dit Conscience
Corps, mieux reposé ce matin, abonde dans le même sens : oui, je sais
et Coeur, apaisé, retrouve les bras de la confiance

et depuis quelques jours, les roses
leur odeur, à laquelle je ne résiste jamais
plus enivrante encore que celle du lilas
je reconnais souvent de loin les rosiers les plus suaves
quand je passe près d’eux, les indigènes surtout
je colle mon nez contre une fleur et j’aspire un bon coup
ou j’en prends une, comme hier, pour faire durer longtemps

JOUR DE PLUIE - Viaduc St-Laurent - Juin 2014

JOUR DE PLUIE – Viaduc St-Laurent – Juin 2014

La faille et la force

C’en est un autre beau.
Parmi ceux qui règnent silencieusement sur la ville.
Sur une belle rue de Rosemont.
Je l’admire, chaque fois que je reviens de chez ma mère.
Il est époustouflant.

Encore ce matin, je pense à ma soeur.
Je pars chez mon oncle, comme tous les lundis.
J’essaie de me débrouiller avec cette sensibilité
qui semble être à la fois ma force et ma faille.

Mes branches intérieures, comme celles d’un arbre.
Et la foudre parfois qui frappe.
Et le vent qui fouette.

Je t’aime, ma soeur.

L'AUTRE GÉANT - Hier, dans Rosemont

L’AUTRE GÉANT – Hier, dans Rosemont

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